CHAPITRE IX
r< sans ailes des Athéniens. Les Spartiates pensent « que Mars ne les quîtrera jamais , puisqu'il est ce enchaîné; les Athéniens^ que la Victoire restera « toujours parmi eux, puisqu'elle n'a plus d'ailes.» J'aime mieux cette explication que celle qu'a inventée Wheler', et qu'on a répétée souvent sur sa foi : (c Le temple s'élevait à la place même d'où se « précipita Egée, lorsque son fils, vainqueur du a Minotâure, oublia de changer ses voiles. Cette a victoire s'appelle sans ailesy parce que le bruit « n'en vint pas à Athènes avant que Thésée Taper portât lui-même. »
Il serait curieux de voir la même idée chez deux peuples rivaux, et chacun d'eux montrant, par la manière dont il l'exprime, son caractère naturel. Les Spartiates, plus violents, choisissent l'impétueux Mars et l'enchaînent. Les Athéniens préfèrent une jeune déesse et veulent la fixer dans leur ville par la ruse. Mais je craiits que Pausanias aussi n'ait inventé cette explication. C'était un rapprochement naturel devant le Mars lacédémonien ; mais , loin d'Athènes , on a droit de croire plutôt à un jeu de son imagination qu'à son exact souvenir.
Pour les Athéniens , on le voit par les textes , la déesse de la Victoire, c'était Minerve. Ils lui
' 1723, traduction de la Haye, pag. 127.
avaient consacré sous ce nom le petit temple doni il est question'. La Victoire est un être allégorique, créé plutôt par la poésie et l'art que par la religion. Aristophane chante les ailes d'or de la Victoire *. Phidias la met dans la main de sa Minerve et de son Jupiter. Les Béotiens la représentent sur leurs monnaies. Mais le paganisme luimême ne confondait point la personnification d'un fait avec la cause première de ce fait. Une femme ailée représentait par une image sensible cette idée abstraite que nous nommons victoire. On ne croyait point qu'elle se donnât elle-même et décidât des destinées des peuples. Les grands dieux la tenaient dans leur main comme un de leurs attributs; eux seuls en disposaient à leur gré. C'étaient Jupiter, Mars, Minerve, que les mortels imploraient dans le danger. La Victoire, ailée ou sans ailes, n'était que le symbole du fait accompli. •
En Attique, le dogme était plus précis encore. Minerve était la Victoire même : ce n'était pas un surnom, c'était son nom^; on ne disait pas
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