CHAPITRE IX
pôle : aussi ont-elles été mutilées sans pitié. Les têtes, les bras, les ornements, tout ce qui se détachait en saillie a été brisé. S'il en reste assez aujourd'hui pour juger de leur beauté, il en reste trop peu pour qu'on puisse comprendre les sujets qu'elles représentent. Je pense surtout à la frise de la façade orientale, qui, si elle était complète, serait peut-être également une énigme pour nous, puisqu'aucun auteur ancien n'en a parlé, mais que son état de dégradation rend inexplicable. Ceux mêmes qui ont essayé de donner des noms à toutes les figures ont été forcés d'avouer' qu'ils avaient sous les yeux un mythe inconnu.
Vingt-quatre personnages remplissent la scène; comme le fragment de l'angle nord-est n'a pas encore été retrouvé, on peut porter ce nombre à vingt-huit. Au milieu, on voit une femme debout, d'une taille plus élevée. Son bras gauche ramène vers le corps un bouclier; son bras droit est étendu comme s'il avait tenu jadis une lance. Ces attributs, la place que cette figure occupe au centre du sujet, annoncent Minerve, à laquelle le temple était consacré. De chaque côté de Minerve sont deux hommes assis, l'un sur un rocher,
' ....Scheiot jeder Versuch einer weiter eiDgehenden Deu* tUDg aufgegeben werden zu mùssen.
[Die AkropoUs vonAthen^ par MM. Ross, Schaubert et Hansen, pag. i3.)
l'autre sur un trône, les pieds posés sur un tabouret. Il est vraisemblable que, de même qu'au Parthénonet sur le temple de Thésée, les personnages assis sont des divinités. On pourrait peut-être nommer Jupiter et Neptune, ce dernier sur le rocher de l'Acropole où Minerve l'a admis a partager ses honneurs. A droite et à gauche des dieux ' se tiennent deux groupes composés chacun de trois femmes et de deux hommes qui se font symétriquement pendant. On peut encore conjecturer que ce sont les héros protecteurs de l'Attique et les femmes dont le nom était consacré par les traditions religieuses. Toutes ces figures occupent le centre de l'action ; elles président, en quelque sorte, au drame qui se passe aux extrémités de la frise. Quel est ce drame ^ ? Y en a-t-il
> SpoD dit, avec sa légèreté ordinaire : « La frise est char— c gée de petites figures d'assez bonne main, dont il y en a une « assise et neuf ou dix debout, devant et derrière. »(P. 4i7-)
' M. Lenormant pense que l'on a représenté, du côté gauche, le dévouement d'Aglaure, fille de Léos, que Topinion populaire confondait avec la sœur de Pandrose. Cette confusion permettait à Tartiste de ramener, comme sur tous les monuments de l'Acropole, la famille deCécrops. Aglaure s'était immolée pour assurer la victoire à ses concitoyens, comme Codrus à Athènes et les Décius à Rome. Les jeunes Athéniens venaient sacrifier sur son autel, au moment de porter les armes pour la première fois.
Du côté opposé, M. Lenormant est frappé de la ressem-^