CHAPITRE IX
Si le sujet de la frise orientale est un mystère, la beauté des sculptures, malgré leur état, n'échappe à personne. Les figures du milieu et des extrémités ont particulièrement souffert. On n'y peut admirer que quelques draperies» les poses, le mouvement général. Mais les deux groupes intermédiaires, composés chacun de cinq personnages qui se tiennent debout, sont beaucoup mieux conservés : les femmes n'ont perdu que la tête et une partie des bras. L'élégance des ajustements, la finesse des plis, ce mouvement si cher aux artistes grecs qui font fléchir une jambe pour donner, plus de souplesse et de variété à la draperie, la tunique, qui, nouée à la ceinture par l'extrémité, se double ' et tombe mollement sur les hanches, tout cela se voit encore, et l'on ne sait ce qui doit étonner davantage, de la délicatesse du ciseau qui a rendu ces détails sur une si petite échelle, ou de la largeur du style qui a créé
une main suppliante ; l'arrêt va s'exécuter, et, du côté opposé, Iris et Hébé font lever de son siège la jeune Victoire pour la conduire auprès de Minerve.
Ce n'est qu'un roman, je le sais, et un roman qui n'a pas un caractère assez sérieux pour figurer sur la frise d'un temple. Il m'a paru seulement curieux de trouver le récit d'Aristophane développé sur le marbre par un jeu d'imagination ; mais cette note n!a pas d'autre importance.
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^2 L*àCROPOL£ DàTHÈNëS.
une grandeur que semblaient interdire les dimensions réelles.
Celle t*emarque s'applique également aux hommes, et surtout à ceux qui se trouvent derrière Neptune. L'un, qui paraît un jeune homme, est presque entièrement nu ; un léger manteau, retenu sur Vépaule gauche, passe derrière les reins et vient s'enrouler au-dessus du genou. Le poids du corps repose sur la jambe droite; l'autre jambe, ramenée en arrière, ne touche à terre que par la pointe du pied ; aussi le corps, porté en avant, s'appuie-t-il fortement sur un bâton ou sur une lance, le long de laquelle le bras s'allonge élégamment. La simplicité de cette pose, la beauté des formes, le sentiment et l'arrangement si parfait de l'ensemble, font de ce petit morceau un chef-d'œuvre.
L'autre personnage parait au contraire d'un âge mûr. Les lianches sont peu accusées, la taille plus forte; sa tenue est pleine de calme et de gravité. Le torse est nu, mais la partie inférieure du corps est étroitement serrée par un manteau dont la plus grande partie s'enroule autour du bras gauche et retombe en plis harmonieux. Le mouvement des jambes et des draperies si justes qui les couvrent rappelle singulièrement YAristide du Musée de INaples et le Sophocle du palais de Latran.
CllAPlTRI*: IX. U3
Les trois autres côtés de la frise représentent des combats, et l'animation des sujets fait un contraste complet avec le calme majestueux de la façade. Au nord et au sud, les Athéniens sont aux prises avec des barbares que leur habillement fait facilement reconnaître. A Touest, comme les combattants sont nus, on est porté à croire que c'est un engagement entre les Athéniens et d'autres Grecs.
Au milieu du silence des auteurs anciens, on ne peut prétendre deviner quelles batailles les artistes ont voulu retracer. Certains savants ^ nomment la double victoire de Cimon à l'embouchure de l'Eurymédon, d'autres * Marathon et Platées. Les premiers verraient alors sur la frise occidentale les Grecs asiatiques, Lyciens et Cariens par exemple, qui suivaient les satrapes; les seconds, les alliés que le grand roi avait trouvés dans le noixl de la Grèce. Diaprés un des systèmes, il y aurait unité de sujet ; l'autre accepterait des victoires et des époques différentes. Des deux parts les preuves manquent et les objections se balancent. Outre que la victoire de l'Eurymédon fut en grandejpartie une victoire navale, ce qui me ferait préférer l'opinion de M. Leake, c'est cette
' Ross, Schaubert et Hansen, Die AkropoliSy p. i5. > Leake, Appendix XVy p. 533.
Ci)Dsidération, qu'un temple est plutôt élevé pour atteste!' la puissance d'une divinité que pour rappeler les exploits d'un homme : une démocratie jalouse ' et les sentiments religieux sont d'accord sur ce point. Assurément des triomphes différents sur différents ennemis donnent une plus grande idée de cette puissance et flattent mieux l'oi^ueil national. Dans cet esprit, je souhaiterais même pouvoir reconnaître sur la façade occidentale une troisième guerre entre Athènes et un peuple grec. Cela n'a rien d'invraisemblable^ puisque dans le Pcecile on avait peint ^ la défaite des Spartiates à OEnoéy et dans le portique des Douze Dieux^, la bataille de Mantinée.
Au reste, on se demande comment les anciens pouvaient distinguer de pareils sujets autrement que par la tradition. En sculpture, la représentation d'un combat, surtout tel que l'exigeait une frise grecque, était un lieu commun, une suite de groupes qui offraient k l'art une variété et des ressources infinies, mais rien de distinctif qui marquât le temps et le lieu. Le peintre fera facilement reconnaître la bataille de Marathon par le
< « The démocratie jealousy of the Atbenîans would hardly « hâve permitted so direct and immédiate an honour been con- « ferred on Cimon. » (Leake, ibid,^ p. 533.)
•Paiis., Ati.^W.
3 ibiij., m.