CHAPITRE II
« embellissements et tout ensemble à sa subsis- « tance. »
C'est ainsi que Périclès, après avoir rassuré la conscience de ses auditeurs et fait appel à l'orgueil national, s'adressait directement aux intérêts de chacun, bien sûr de trouver des juges favorables. Il croyait équitable et d'une bonne politique de reconstruire les édifices d'Athènes sans qu'il en coûtât rien à l'État. C'était justice à ses yeux qu'après s'être sacrifiée pour la Grèce, cette ville courageuse fût relevée par l'argent des Grecs, et que le trésor des alliés, rançon de leur mollesse, payât la magnificence d'Athènes, tandis que le sang athénien coulait pour la défense des alliés.
Mais les orateurs du parti de Thucydide revenaient souvent à la charge, accusant Périclès de dilapider le trésor et d'épuiser les revenus publics. Périclès demanda un jour au peuple assemblé s'il trouvait qu'il eût trop dépensé. — « Beaucoup trop, » lui répondit-on. — « Eh bien ! ce n'est pas vous, c'est a moi qui supporterai la dépense, et j'inscrirai c( mon propre nom sur les monuments que je conte sacrerai. » A ces mots, tous, soit frappés de sa grandeur d'âme, soit jaloux de l'honneur attaché à de telles œuvres, lui crièrent de puiser à son gré dans le trésor et sans compter.
C'est ce qu'il fit, surtout lorsque l'exil de Thucydide l'eut délivré d'une opposition gênante. On peut avoir une idée de ce que coûtèrent toutes ces cons-
tructions par les seuls Propylées, qui exigèrent deux mille douze talents, un peu plus de dix millions de notre monnaie : « Héliodore, dans le premier livre « de son ouvrage sur l'Acropole d'Athènes, dit que « les Propylées furent complètement terminés en « cinq ans et coûtèrent deux mille douze talents. » L'ouvrage d'Héliodore est perdu ; mais ce témoignage d'un homme qui avait étudié particulièrement les monuments et l'histoire de l'Acropole est reproduit par les auteurs.
Ce chifire de dix millions de drachmes n'a rien d'inexplicable. Lorsqu'il faut aplanir un rocher sur une largeur de cent cinquante pieds, y construire des soubassements , le revêtir de dalles et d'un magnifique escalier de marbre , tailler des blocs immenses dans les carrières avec un soin, je dirais même avec un art dont le mont Pentélique garde encore les traces, les transporter à plus de cinq lieues de distance sur une hauteur escarpée, les rejeter, si on y découvre une seule tache; lorsqu'un architecte fait travailler le marbre comme les sculpteurs savent seuls aujourd'hui le travailler, ajuster chaque assise comme on ajuste les plus délicats ouvrages de marqueterie; lorsqu'il emploie des peintres^ des doreurs et des ouvriers dont le dernier devait être un artiste; enfin lorsque la nature et l'art ont prodigué ce qu'ils ont, l'une de plus précieux, l'autre de plus parfait, pour produire un admirable chef-d'œuvre, faut-il s'étonner que la dé-