‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 9 sur 200 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

heureux : Périclès est le génie protecteur des arts, idéal que la postérité entoure d'un respect superstitieux et auquel elle attribue ce qu'ont accompli deux générations entières.

Lorsque Périclès hérita de l'influence de Cimon et voulut continuer son œuvre, le trésor public n'avait plus ces revenus extraordinaires que la guerre prélevait sur l'opulente Asie. Le grand roi avait signé la paix et tenait ses vaisseaux loin des mers de Grèce. Il n'y avait plus d'ennemis; ce fut sur les alliés que retomba le poids de la splendeur athénienne. La caisse commune enlevée à Délos fournit aux largesses de Périclès et à ses coûteuses constructions.* C'est alors que s'élevèrent le Parthénon et les Propylées.

Si les classes laborieuses qui gagnaient tout à ce système ne murmurèrent pas dans le commencement, il n'en fut pas de même du parti aristocratique, accoutumé au désintéressement de Cimon et aux sources glorieuses de sa prodigaHté, Thucydide, fils de Mélésias, était à la tête de ce parti. Les assemblées retentissaient de leurs accusations contre l'acte inouï de Périclès :

« Le peuple * se déslionore, » s'écriaient-ils, « et « encourt le mépris universel en transportant de <i Délos à Athènes l'argent qui appartient à tous les « Grecs. Le prétexte le plus plausible t{ue nous pus- « sions opposera nos détracteurs, la crainte que les

* Plutarque, ^'i> de Périclès, XII.

te barbares ne s'emparassent là-bas du trésor com- « mun, et le désir de le mettre en sûreté, ce pré- « texte, Périclès ne nous Ta pas même laissé. La « Grèce se croit outragée cruellement et soumise à « une éclatante tjTannie, lorsqu'elle \oit les sommes « qu'elle est forcée de déposer pour une guerre na- <f tionale, servir à dorer notre ville, à la couvrir , « d'ornements reclierchés, comme une femme co-

« quette chargée de pierres précieuses, à la remplir « de statues et de temples qui coûtent mille ta- « lents, »

Périclès prouvait, au contraire, au. peuple qu'il

ne devait point compte aux alliés de leur argent.

« C'est vous » — disait-il — « qui faites la guerre

I « pour eux et qui tenez éloignés les barbares : tan-

j « dis qu'ils ne vous fournissent ni un cheval, ni un

l* <c vaisseau, ni un soldat, mais payent une simple

! « contribution. Or, l'argent n'appartient point à

I <c celui qui le donne, mais à celui qui le reçoit, du

<f moment qu'il tient les engagements qu'il a pris en

« le recevant... Vous êtes pourvus abondamment de

<c tout ce qui est nécessaire à la guerre. Vous avez

« donc le droit d'employer le superflu à des ouvrages

a qui, achevés, vous assurent une gloire éternelle, et,

« pendant leur exécution, entretiennent le bien-être

« parmi vous.' Car ils exigent des travaux de tout

« genre, occupent tous les arts, mettent en mouve-

« ment toutes les mains, et procurent un salaire à la

« ville presque entière, qui pourvoit elle-même à ses

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