CHAPITRE II
pense soit proportionnée à tant de magnificence ? Comme si ces raisons n'étaient point assez fortes, l'histoire apporte aussi son mot, mot décisif qui livre en même temps le secret de la puissance, ou, comme disaient les anciens, de la monarchie de Périclès. J'ai déjà cité le discours par lequel il justifiait devant le peuple l'enlèvement du trésor des alliés : Plutarque expose ensuite l'emploi qu'il en fait et par quelle politique.
a Ceux que leur âge et leur force rendaient propres « à la guerre recevaient une paye sur le fonds com- « mun. Mais les classes ouvrières, que leurs profes- « sions exemptaient du service, Périclès voulut qu'elles « eussent également leur part de l'argent conquis, « sans l'attendre cependant au sein de la paresse et « de l'oisiveté. C'est pourquoi il proposa au peuple « d'entreprendre de grandes constructions et des « travaux de toute sorte qui devaient occuper long- « temps toutes les industries. Par ce moyen la po- « pulation sédentaire avait aussi bien que les citoyens « qui étaient en campagne ou en garnison le droit « de profiter des richesses publiques et d'en recevoir ff sa part. » Puis Plutarque énumère toutes les professions , tous les métiers qui gagnaient à cette vaste entreprise, jusqu'aux marins qui allaient chercher l'ivoire et l'ébène dans les pays lointains, jusqu'aux charretiers qui transportaient le marbre des carrières du Pentélique , sans oublier cette armée de manœuvres qui n'étaient que des instruments, des forces au
service de chaque métier. « C'est ainsi que ces trace vaux répandaient et distribuaient labondance « parmi tous les âges et dans toutes les conditions. »
Ce fut en effet la politique de Périclès de s'attacher le peuple par l'intérêt et de flatter son désir de bien-être. Qmon était entré le premier dans cette voie par ses largesses personnelles; Périclès, qui était pauvre, continua aux dépens du trésor de la république. On sait où cette funeste tendance conduisit les hommes d'État qui lui succédèrent. Périclès au moins garda la mesure , et cette distribution détournée des deniers publics ne fut pas sans dignité, puisqu'elle fut le prix du travail ; prix fort élevé , je n'en doute pas, car ce n'étaient plus des ouvriers qu'il payait , mais des citoyens maîtres de sa puissance et séduits par ses promesses. On comprend qu'en Sicile d'immenses travaux comme la Piscine d'Agrigente et le temple de Jupiter Olympien, les Latomies de Syracuse, les temples grandioses de Sélinonte pussent être exécutés à peu de frais par les bras d'innombrables prisonniers de guerre. Mais il était dans les desseins de Périclès que le plus humble ouvrage fût exécuté par un homme libre et largement payé. Cette considération, lorsque s'y joint la grandeur du monument, la beauté des matériaux , la perfection des plus simples détails, enlève toute invraisemblance au chiffre di'Héliodore.
Le Parthénon avait dû coûter plus cher encore ^ si l'on a égard à ses proportions et aux sculptures