‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 106 sur 200 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

« rendre les colonnes perpendiculaires. » Cet homme, « profondément ignoratit, demande ce que veut dire « rendre perpendiculaire. On lui répond que dans un (c temple il n'y a pas, d'ordinaire, une seule co- « lonne qui ne soit inclinée. « Eh bien ! » s'écrie-t-il, ce voilà mon affaire! Qu'on rende les colonnes per- « pendiculaires ! »

Il ne faut pas croire cependant que les déviations des lignes soient considérables. Elles sont de quelques centimètres sur des longueurs de cent et deux cents pieds *; mais leur effet n'en est ni moins complet , ni moins appréciable au regard. C'est là le secret de cette harmonie, de cette grâce inimitable qu'on a admirée longtemps dans le Parthénon , sans pouvoir s'en rendre compte, et qu'on trouvera analysée, notée , comme mie mélodie musicale , dans les Principes de V architecture athénienne.

Ces principes , du reste , n'ont rien d'absolu dans leur application. 11 y a plus de sentiment que de tradition, dans ces courbes qui varient avec les progrès de l'art, et surtout avec le génie des différents architectes. Elles ne sont, en effet, que le raffmement du système des proportions , et les proportions seront , dans tous les monuments , le champ le plus vaste ouvert aux conceptions et à l'originalité de l'artiste.

M. Penrose a senti, cependant, la nécessité de

> La flèche de la courbe, sur la façade , est de 0,07a nrilliniètres ; sur le côté du sud, de 0,1 13 millimètres.

chercher ce qu'ont voulu les Grecs en évitant ainsi les surfaces planes et verticales. Âpres quelques considérations sur la conformation de Tœil et la forme sphérique qu'affectent les images visuelles en s'imprimant sur la rétine, M. Penrose s'appuie sur cette idée, démontrée en effet par la science psychologique et physiologique , que notre jugement, aidé par l'expérience , est sans cesse occupé à redresser les perceptions de notre vue. Il suppose que l'art grec, calculant cette loi d'optique, prévenait le travail de notre intelligence et le rendait inutile. Le monument lui-même devait corriger les erreurs de nos yeux. Une ligne droite eût paru courbe ; elle deviendra courbe pour paraître droite, et une convexité réelle préviendra une concavité apparente. Le jugement n'a plus à intervenir; car la perception est immédiatement vraie , et c'est le monument qui se fausse pour la redresser. Ainsi l'on présente aux enfants d'habiles mensonges, pour leur faire comprendre une vérité.

Cette hypothèse est spécieuse et subtile , mais des explications plus simples seraient peut-être conformes à l'histoire et au génie antique. Je distinguerais d'abord les courbes verticales* et les courbes horizontales. Les premières, d'une origine étrangère, et dont le principe se retrouve dans les temples archaïques : les secondes , création de l'art grec , dans l'essor de son progrès. Le renflement des colonnes et l'affectation de la forme pyramidale sont le secret

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