CHAPITRE XIV
assisté à la bataille de Salamine , était le plus glorieux ornement 4u Parthénon : on l'appelait le Prisonnier. Qu'on s'imagine , en outre , dans l'opisthodome les millions entassés , défendus par les grilles et les épaisses portes de bronze , et Ton aura une idée de l'intérieur d'un temple antique.
A l'extérieur, la décoration , pour être plus simple, n'en était pas moins magnifique. Non-seulement les plus grands maitres avaient couvert le Parthénon d'autant de sculptures que le comportait l'architecture dorique (et c'est là , surtout , que je reconnais l'influence du génie ionien) ; mais de vives couleurs rehaussaient la blancheur de ses marbres et faisaient ressortir les nuances les plus fines des entablements et des portiques.
Au commencement de ce siècle, personne ne se doutait que les temples grecs eussent été peints , et les premières découvertes des architectes n'ont rencontré d'abord que des incrédules. Aujourd'hui, l'on veut voir de la couleur partout, et l'on n'admet pas qu'une seule surface soit restée blanche. Les Grecs ont-ils peint complètement leurs marbres pour en adoucir l'éclat qui blesse la vue? Ont-ils voulu imiter la nature , où tout a sa couleur ? Qui peut le dire ? Il est déjà assez difficile de se rendre compte des effets , sans chercher à deviner les intentions. Le témoignage de M. Paccard , qui a trouvé de l'ocre jaune sur les colonnes du Parthénon, a beaucoup plus de gravité. Si les colonnes étaient
peintes , il fallait bien que le temple le fût lui-même tout entier. Mais à l'autorité d'un architecte j'opposerai lautorité d'un autre architecte, M. Penrose, qui, lui aussi, a étudié le monument avec le plus grand soin. * Tout en supposant qu'on avait appliqué sur les colonnes une teinte générale , il reconnaît n'en avoir vu aucune trace, et cependant il cherchait avec l'idée arrêtée à l'avance qu'il devait en trouver. Les artistes sont alarmés de la crudité des tons sur un fond blanc, et, par un sentiment qui appartient plutôt au peintre qu'à l'architecte, ils ne peuvent se figurer des ornements rouges, bleus, verts, que sur un fond moins clair qui les amortit et qui les harmonise. Je n'oserais dire que les couleurs franches sont favorables aux lignes de l'architectiure; qu'il faut cette opposition pour qu'on distingue à une grande hauteur des détails délicats et des dessins qui n'ont que peu d'importance , en proportion du monument tout entier; que l'alternative des couleurs les plus diverses sur une même bande où chaque petit élément est alternativement rouge, puis vert . ou bleu , les fond et les mélange , grâce à la distance; que l'ensemble n'a rien de dur ni de trop éclatant,
* Principles of athen, archit,, page 55. — ^oj., pour toutes les questions relatives à la polychromie, l'ouvrage si remarquable de M. Hillorf , Architecte polychr, chez les Grecs, Pour le Parthénon en particulier, î'oy. de la pag. 417 à la pag. 4a i. M. Hittorf va plus loin encore que M. Paccard , dans la restauration des couleurs : il orne de dessins les chapiteaux doriques du Parthénon. {Foy. p. 474 et p. 475.)