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CHAPITRE XV

LES FBONTOMS DU PARTHÉNOr<.

« Le sujet du fronton antérieur du Parthénon, » dit Pausanias, « est la naissance de Minerve. Celui « du fronton opposé, c'est la querelle de Neptune « et de Minerve se disputant l'Attique. » Voilà tout ce que l'antiquité nous apprend sur des sculptures que nous regardons comme la plus admirable expression de l'art grec. Telles sont les injures qu'elles ont souffertes depuis, qu'on est heureux d'être instruit, au moins, par un témoignage ancien, du sujet qu'elles représentaient. Le fronton oriental, particulièrement, qui n'a conservé que les personnages les plus éloignés du centre du drame , serait une énigme inexplicable.

Ce n'est point un accident, à ce qu'il parait, mais la main des chrétiens , qui détruisit cette partie du temple. Lorsque l'on convertit le Parthénonen église

grecque, on mit l'abside à la place du pronaos, et , pour que les rayons du soleil pénétrassent par les fenêtres ornées de plaques de pierre transparente \ on abattit tout le toit du portique et le milieu du fronton. Neuf ou dix statues disparurent ; au temps de Carrey, en 1674, il n'en restait que sept : quatre à l'angle de gauche, trois à l'angle de droite. En outre, les chevaux du Soleil et de la Nuit dressaient toujours leurs tètes aux deux extrémités. L'explosion en renversa encore une partie, et lord Elgin les trouva gisant à terre : il dédaigna seulement quatre fragments des chevaux que l'on voit encore à leur place.

Je n'essayerai point assurément de refaire d'imagination, et sans aucun indice, l'œuvre des artistes de Périclès. L'exemple de ceux qui ont fait cette tentative me conseille plus de réserve. « Le Père « tout-puissant des dieux, » dit M . Brœnstedt*, « venait (c d'enfanter de sa tête sa fille divine , qui s'élançait a dans les airs, brillante de ses armes d'or. Miracle (( suprême de la création, elle planait au-dessus de

> > Elles ne sont que du marbre transparent que Pline appelle phenm giie. La lumière qu^elles rendent est rouge et jaunâtre. > (Wlieler, p. iSfî.)

s Voyage et Recherches dans la Grèce , a* livr., p. ti de Pintroduction. Il est à remarquer qu'autre part M. Brœnstedt (p. 217), parlant delà naissance de vingt divinités représentées en baS' relief, trouve que c'est la plus grande absurdité qu'on puisse imaginer. « H n'y a m pas d*artiste doué d'un esprit sain qui Soit capable de représenter « quelque chose de semblable. »

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« son père assis, s'élevant vers le sommet du fron- « ton; pensée sublime, digne de Phidias et de son « illustre ami. »

La pensée peut être sublime , mais je doute qu'un sculpteur en •acceptât l'honneur II y a d'abord cet obstacle , qu'une statue en ronde bosse s'élance dif- (icilement dans les airs pour planer sur la tête d'une statue également en ronde bosse. Une autre difficulté, c'est que la Minerve, « qui s'élevait vers le sommet c( du fronton, » aurait eu trois pieds de haut, tandis que les dieux qui l'entouraient en avait neuf, dix et jusqu'à onze, ce qui est une représentation plus naïve que sublime de l'enfance. Jupiter, il est vrai, était assis ; mais, pour peu qu'on ne veuille pas le faire aussi plus petit que les divinités qui se tenaient à sa droite et à sa gauche, il faut lui reconnaître de onze à doux pieds, à peu près l'élévation du fronton lui-même. Un personnage assis perd à peine un tiers de sa taille. En tenant compte du trône et du tabouret, attribut des habitants de l'Olympe dès le temps d'Homère, on voit ce qui reste d'espace pour la Minerve qui s'élance et plane au-dessus de son père.

Cette idée est antique, je le sais, et j'ai vu à l'Université de Bologne, en pensant au Parthénon, la célèbre patère, ou plutôt le miroir étrusque qu'on y conserve. Rien de plus charmant que cette composition gi'avée au trait sur le bronze : Jupiter, qui semble s'évanouir de douleur; Vénus, qui le soutient dans ses bras; Diane-Lucine, qui tire de son cerveau

la petite Minerve brandissant déjà sa lance; Vulcain, jeune et beau^ qui semble admirer Tefifet de son coup de hache. Mais un sujet peut s'esquisser avec succès sur un bronze ou sur un vase', et ne plus convenir à la grande sculpture, se refuser même complètement à la sculpture détachée. Il me parait impossible de transporter le miroir de Bologne sur le fronton du Parthénon.

Peut-être Tarchéologie accueillera-t-elle aussi plus volontiers que l'art une autre idée de M. Brœnstedt : c'est de remplir le fronton des divinités qui président aux accouchements, système que démentent avec tant d'éloquence les statues qui ont survécu. Ne rappellent-elles pas plutôt par leur réunion et par leurs poses ces vers d'Homère :

« Tous les dieux, en la voyant naître, restent saisis « d'admiration. » L'artiste aurait pu encore s'inspirer des vers qui suivent : « La vierge enlève de « ses épaules immortelles ses armes divines, et le Cl cœur du sage Jupiter s'est réjoui. » Mais sans entrer dans des discussions inutiles, puisqu'elles ne reposent sur rien de positif, je crois le silence et la réserve plus sûrs que les hypothèses. Que dirait-on d'un critique qui, au lieu d'étudier et d'admirer les fragments d'une tragédie perdue d'Eschyle ou de

' MM. Lenorinant et de Witte ont réuni un certain nombre de dessins qui représentent la naissance de Minerve: Il y a même un vase sur lequel M. Lenormant croit retrouver une copie du fronton de Phidias. {Élite des Monuments cémmogmphiques , t. I, p. ai a.)

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