CHAPITRE XV
de trop près, mais qu'elles avaient leur point de vue précis. Même lorsque le fini du travail ne craint pas lexamen, Teffet des masses et de lensemble a été combiné d'après le lieu qu'elles occupaient. Si l'on se place vers les pieds de la figure couchée , tout à fait à droite et de la manière à la dominer, on là trouvera trop longue et un peu plate. En face, au contraire, et d'en bas, la perspective redresse les proportions.
Entre les Parques et les chevaux de la Nuit, le dessin de Carrey laisse une lacune. La pierre du fronton dont il représente la chute avait renversé une statue. Cette statue a été retrouvée dans des fouilles a l'angle sud-est. C'est un torse de femme * coupé à quinze centimètres au-dessojus de la ceinture pour poser d assiette sur le plan du fronton. La tunique est pressée par'^eux cordons qui se croisent sur la poitrine et tournent sous les seins et sous l'épaule. Deux trous à la ceinture retenaient un ornement de métal, (-'est la Nuit qui semble, comme Hypérion, sortir de Tonde, et conduit ses coursiers moins fougueux.
Par cette fatalité capricieuse qui préside aux dévastations et aux ruines, tandis que le fronton oriental, détruit en partie de bonne heure , nous a gardé des groupes d'une conservation admirable, le fronton oc* cidental, encore intact il y a deux siècles , n'a guère laissé que des fragments. En 1674» Carrey en dessina
s On VsL déposé dans Penceînte même du Partliénon.
la composition entière. Mais sa manière, qui dénature plutôt qu'elle ne copie l'antique , contribue, autant c]ue les mutilations, partielles, à jeter de Tincertitude sur le caractère et le jeu des différents personnages. Quelque inestimables que soient aujourd'hui ces renseignements, on ne peut voir sans un vif regret comment rélève de Lebrun comprenait et reproduisait les chefs-d'œuvre de Fart grec. Comment, après cela, ne pas excuser des voyageurs comme Spon et Whe- 1er, qui, visitant l'Acropole l'année suivante, donnent du même fronton une description quasi bouffonne. Neptune, c'est Jupiter qui écarte les jambes, ce parce que sans doute il y avait un aigle, » et qui veut introduire sa fille dans le cercle des dieux. Cécrops, c'est l'empereur Adrien; Aglaure, l'impératrice Sabine ; les sculptures du Parthénon sont l'œuvre de leur munificence. « La blancheur du marbre montre « évidemment que c'est un ouvrage des derniers « temps plutôt que des premiers, et qu'il a été fait « par l'ordre de cet empereur. » On voit ce qu'il faut espérer des récits d'aussi excellents juges. Mais au moins ils confirment par leurs erreurs mêmes la sincérité des dessins de Carrey.
En 1687, le canon des Vénitiens, qui a criblé toute cette façade du Parthénon , commença à briser les statues. La maladresse des ouvriers de Morosini et de Konigsmarck acheva de les anéantir. Deux seulement restèrent à la place où on les voit encore : ce sont précisément Yempereur Adrien et V impératrice
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Sabine du docteur Spon. Lord Elgin trouva, en fouillant au pied du temple, un certain nombre de fragments. Les Grecs, plus récemment, en ont découvert d'autres.
Les esquisses de Carrey laissent encore assez de vague pour qu'on ait compris différemment, non pas le sujet , mais la manière dont il avait été développé. C'est la dispute de Neptune et de Minerve assurément; car Ton reconnaît au milieu du fronton les deux divinités qui s'élancent Tune loin de l'autre, Minerve, avec une ardeur victorieuse, Neptune, vaincu et irrité. Mais quelle tradition avait suivie l'artiste? Montrait-il l'olivier nouvellement planté et la vague jaillissant sous le trident? Longtemps on s'est contenté de cette supposition. Ou bien avait-il cherché dans les récits changeants de la vieille mythologie une idée plus favorable aux mouvements que l'art désire, à la variété et k l'intérêt que demande une grande composition? C'est l'opinion d'Ottfried MûUer *, que je partagerais volontiers, parce que seule elle explique d'une manière satisfaisante la disposition générale et l'action de chaque personnage.
Neptune a frappé la terre de son trident et fait naître le cheval , frémissant et indompté. Minerve, aux yeux du dieu étonné, l'a saisi, soumis au joug; on la voit le contenir d'un bras puissant , tandis que
* De Sigois olim in poBtîco Parthenonis fastigio positis Gommentatio. {GœHingen, 1827.)
la Victoire et Érechthée sur le char tiennent les rênes d'un main déjà confiante. Ce systàne n'exclut nullement la naissanee de l'olivier. Minerve, qui l'a d'abord produit, ne fait que compléter la défaite de son rival , en tournant contre lui son propre présent, inutile si elle n'en montrait l'usage aux mortels.
Mais il est assez difficile , quelle que soit l'opinion que l'on adopte, de trouver la place de l'olivier. Les jambes de Neptune et de Minerve se croisent. De l'autre côté. Minerve touche aux chevaux; il parait impossible de mettre un arbre auprès d'elle. I^ supposer entre les jambes écartées de Neptune, ce serait une idée étrange. Il était probablement très-petit et en métal ; car le fragment qui existe à Londres a été trouvé , non pas au pied du fronton occidental, mais à l'angle de la façade orientale. Ce qui est plus décisif encore , c'est qu'il n'est pas en marbre pentélique. En outre, il y a auprès du tronc de l'arbre un pied colossal en marbre de même nature , qui ne- peut par conséquent avoir appartenu ni au Neptune ni à la Minerve du Parthénon, tous deux en marbre pentélique. Nous avons vu précédemment ' qu'il faut réunir ce fragment à des branches d'olivier en marbre de l'Hymette que l'on a retrouvées du même côté et que l'on conserve dans l'Acropole d'Athènes. Ce sont les restes d'un groupe détaché, d'une offrande citée par Pausanias avant
* Foy, le chap. Xm.