‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 126 sur 200 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

peintes et gardaient encore des traces de dorures, ce qui ne surprendra pas ceux qui connaissent le mélange continuel des diHerentes branches de 1 art à cette époque. Cependant, je crois plus difficilement que le nu fût peint comme ses ornements extérieurs. Peut-être est^e un reste de préjugé moderne. Peut-être aussi a-t-on pris à tort pour de la peinture la préparation encaustique que recevait le marbre pour résister aux injures de lair. J'avoue que je m'accommoderais de bonne grâce à ce complément donné par le peintre à l'œuvre du sculpteur. L'alliance de la forme et de la couleur n'est qu'une imitation plus fidèle encore de la nature. Mais l'on ne peut se rendre sur un sujet si délicat qu'aux preuves les plus palpables. Le fond des frontons, formé de grandes plaques verticales , avait été peint en bleu * comme on peut s'en convaincre. Les statues se détachaient plus légèrement sur cette image du ciel.

' M. Paccard a trouvé à terre un angle du fronton oriental peint en rouge» et il peint lui-même en rouge les deux frontons. Cependant, je suis allé souvent sur le fronton occidental, où il est facile de monter par la tour de Tancicn minaret, et j'y ai cru voir des restes de couleur bleue. Les frontons d'Égine étaient également peints en bleu. ( Voy. V Expédition de Morée l tom. III. ) Il y a , il est vrai, du rouge sur quelques parties du fronton , mais sur les moulures qui l'encadrent et qui, par conséquent, doivent trancher par Fopposition des couleui*». Supposer que les deux frontons eussent un fond de couleur difTércnte, cela n'est |mis vraisemblable. Ne serait-il pas possible que les angles, renfoncés et obscurs, fussent peints d'une couleur plus éclatante, en harmonie avec les sUtues d'Hypérion et de la Nuit, c'est-à-dire avec l'image du jour qui parait et qui s'éteint?

252 I;ACR0P0LE D'ATHÈNES.

A côté de tant de problèmes de détail, il en est un plus intéressant : c'est de savoir quelle main a travaillé à Texécutioii de chefs-d'œuvre que les derniers âges se proposeront encore comme modèles. Ce n'est qu'un premier élan d'imagination qui peut faire attribuer à Phidias quarante-cinq ou quarantehuit figures en ronde bosse*, la plupart deux fois plus grandes que nature, étudiées et rendues avec un soin infmi. Il y a comme un enivrement à prononcer devant les marbres du Parthénon un. nom auquel l'écho grossissant des âges a donné tant de prestige. Mais au-dessus des émotions poétiques, il faut placer la mesure des forces humaines et les droits de la vérité. Après tout, ces sculptures seront-elles moins belles pour n'avoir pas été touchées par le ciseau de Phidias? N'aurons-nous pas au contraire de lui, des artistes athéniens de son époque, du génie antique, une plus grande idée, si ses élèves et ses rivaux vaincus ont seuls produit ces merveilles? Qu'étaient donc les oeuvres du mattre , et de quelle divine perfection ne devait-il pas revêtir l'or et l'ivoire ?

L'antiquité a toujours admiré Phidias comme toreuticien ; nous sommes trop portés à l'oublier, tant la statuaire chryséléphantine nous est peu connue. On citait même comme chose rare ses statues en

I Que serait-ce si Ton y ajoutait les cent quatre-vingt-quatra figures des mélopes et les trois cents figures de la frise? Voy, le calcul de M. Quatremère. (i>//. à Canoi-a, p. 5o. )

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