CHAPITRE XV
bronze • . Mais Pline est le seul auteur qui ait entendu dire qu'il avait travaillé le marbre. La manière même dont il s*exprime indique combien il est peu certain de ce fait, combien il le trouve extraordinaire. « On « rapporte que Phidias lui-même a travaillé le marbre, « et que l'admirable Vénus du portique d'Octavie « est de lui. L'Athénien Alcamène (cm du moins est « certain) fut son élève, artiste célèbre entre tous, « qui a décoré de ses nombreux ouvrages les temples « d'Athènes. »
Ne croirait -on pas d'abord, entendre un connaisseur de notre temps parler d*un tableau faussement attribué à Raphaël? Ensuite, n'est-il pas remarquable que Pline, ne pouvant citer qu'un marbre incertain de Phidias, ne songe pas aux sculptures du Parthénon, au moment où il parle des ouvrages d'Alcamène qui ornaient les temples d'Athènes, et, dans ce nombre, comme cela est naturel, le Parthénon lui-même?
Mais je suppose que l'antiquité ait gardé à tort le silence sur le talent de Phidias . à sculpter le marbre (et je suis aussi disposé que personne à admettre l'universelle aptitude du génie), il ne faut pas oublier qu'il avait entrepris une œuvre difficile et immense, la Minerve d'or et d'ivoire. Le soin qu'exigeait la construction d'un colosse de. quarante-cinq pieds, les matières précieuses et délicates qui le for-
' Non ex ebore tantum Phidias sciebat facere simulacruin , faciebat et ex api<e. (Senec. Episi, 85, § 34.) Sedf/ ex xre signa fecit. (Plîn., XXXIV, 19.)
maient, les magnifiques accessoires habilement multipliés par Tartiste, les sujets représentés sur un vaste piédestal et sur un bouclier haut de quinze pieds, tout cela employa , malgré le secours de mains nombreuses, autant d'années peut-être que le rapide achèvement du temple entier. En même temps, Phidias dirigeait tous les travaux de Périclès et un peuple d'artistes en tous genres, qu'une vigilance incessante devait animer et conduire vers le but. Il avait de bien autres loisirs à Olympie, lorsque, appelé par les Éléens pour décorer le temple terminé, il se donna cependant tout entier à la statue colossale de Jupiter, laissant Paeonîus et Alcamène remplir, l'un le fronton de l'orient, l'autre le fronton de l'occident.
Enfm un passage curieux du rhéteur Thémislius nous apprend combien son génie était éloigné dé l'activité ardente que supposeraient tant d'entreprises menées de front : << Quoique Phidias , » dit-il, « fût a très-habile à représenter avec l'or et l'ivoire les « hommes et les dieux, cependant il avait besoin de « beaucoup de temps pour terminer ses ouvrages. « On dit, en effet, que, pendant l'exécution de sa ce Minerve, il consacra un assez long espace de temps ce au seul piédestal de la déesse. »
On comprend combien il serait facile, avec ces différents témoignages, de combattre les opinions modernes, et combien l'on serait plus près de la vérité en niant que Phidias ait touché à une seule des sculptures du Parthénon, qu'en les croyant toutes de sa