CHAPITRE XV
\erte par Phidias* et d'imiter sa grande manière, n'était point cependant son élève, dans le sens que nous attachons à ce mot. C'était un homme de son âge, son rival*, et le récit précédent montre qu'il poussait l'indépendance jusqu'à adopter parfois un système tout opposé au sien. Nous sommes peut-être trop portés à faire de la direction de Phidias une véritable tyrannie et à ne regarder que comme les instruments de sa pensée les artistes célèbres d'alors sur lesquels s'étendait simplement sa surveillance administrative. J'admets que, par la volonté de Périclès, il ctioisit les hommes et distribuât les travaux. Mais comme il arriverait aujourd'hui dans de semblables entreprises, chaque maître, une fois appelé et son progranune accepté, restait libre et souverain dans son atelier, entouré lui-même de ses élèves et de ses ouvriers. C'est ainsi qu'Alcamène, le premier sculpteur du temps après Phidias , fut chaîné de la décoration d'un des frontons. Phidias se réserva l'autre, et alors s'engagea cette lutte devant le public, où Alcamène n*eiit l'avantage que pendant quel-
■ On dit souvent avec raison f|ue le mot école^ en matière d'art, désigne moin» l'enseignement d'un maître que l'imitation de ses œuvres. Aujourd'hui , un peintre sera de l'école de Raphaël ou de Michel- Ange, de l'école flamande ou de l'école italienne. Cela veut dire simplement qu'il a adopté une manière particulière , et qu'il s'efTorce de copier \e^ c|ualilés et les procédés de tel grand peintre. Il en était de même daiif^ l'antiquité.
> Quo odem tempore œmuii ejus fuere Alcamenes, Critias.
(Plin., XXXIV. 19.)
qiies jours. Naturellement, rien ne permettait mieux de les juger que deux statues semblables, le centre et le morceau le plus important de chaque composition.
Déjà la production personnelle de Phidias, ainsi restreinte, devient plus vraisemblable ; mais à condition encore de l'entourer de tous les secours, de praticiens habiles, d'ëlèves savants auxquels sera confiée l'exécution de sa pensée, comme il est arrivé dans les grandes entreprises de Raphaël. Agoracrite rélève chéri de Phidias, égal en talent à Alcamène, eût pu seul conduire l'œuvre. Quel aide n'était-ce pas pour Phidias? Il travailla toujours auprès de son maître, ce qui fit dire plus tard, non-seulement que ses statues avaient été retouchées par Phidias, mais que Phidias, entraîné par son amour, lui faisait honneur de ses propres œuvres.
Je me figure donc, pendant les sept ou huit années que dura la construction du Parthénon, Phidias, malgré sa Minerve d'or et d'ivoire, occupé en même temps de son fronton, en arrêtant la composition et les modèles, distribuant l'ouvrage à chaque artiste selon la nature de son talent, confiant à l'un telle statue entière, retouchant ou achevant telle autre qui n'est que préparée, se réservant les morceaux les plus importants et les plusdiffîciles, présent sans cesse et animant ses ateliers par son inspiration, ses conseils, son exemple. Parvînt-on à prouver qu'il n'aimait point à travailler le marbre, le modèle en