‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 138 sur 200 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

nuscrits , les déroule , tandis que la seconde emporte un des rouleaux. Ce sont vraisemblablement les livres des lois et des rites sacrés , que Ton promenait en procession solennelle le jour des Thesmophories.

Sur la vingt et unième métope sont représentées de nouveau deux femmes, à droite et à gauche d'une petite statue placée sur un piédestal. La roideur avec laquelle tombent les bras de la statue, le corps tout d'une pièce, le vêtement étroit et sans plis, répondent à l'idée que l'on se peut faire des images^antiques des dieux, morceaux de bois grossièrement taillés. Peut-être est-ce la statue tombée du ciel que l'on gardait dans le temple de Minerve Poliade. Les prêtresses sont occupées à l'orner, suivant l'usage; du moins , le geste de l'une d'elles , qui porte la main à la tête de la statue , le ferait croire.

J'ai passé rapidement en revue toutes ces métopes défigurées ou perdues , parce qu'elles ne présentent rien de certain à l'archéologie ni d'intéressant à l'art. Mais du moins l'on peut se faire une idée du plan et de l'ensemble de la frise extérieure; on retrouve la pensée qui en avait disposé la décoration.

Sur la* façade principale , c'était Minerve elle-même et les héros qu'elle protégeait dont les exploits et les bienfaits avaient été retracés. Ces sujets n'avaient rien de particulier à TAttique. C'était une suite, un développement naturel des frontons et de la légende de Minerve.

Au contraire, les hommes et leur histoire occupaient la façade postérieure : la victoire des Athéniens sur les Perses, le triomphe de la civilisation sur la barbarie , un des plus grands faits de Tanti- (|uité. C'était par le secours de Minerve qu'Athràes avait échangé Tesclavage et la ruine contre une gloire impérissable. Déjà la reconnaissance publique lui avait élevé un temple en la saluant déesse de la Victoire, et, sur la petite frise, la sculpture avait écrit un sujet qui fut répété sur les métopes du Parthénon.

Comme lien de l'histoire des dieux et des hommes, on avait représenté sur les longs côtés du temple les origines à demi fabuleuses d'Athènes et de sa religion, les exploits et les sages institutions d'Érechthée, le fils de Minerve , le sort différent des trois filles de Cécrops, prêtresses de la déesse, l'établissement de son culte, des fêtes, des mystères sacrés, les diverses phases de la civilisation naissante, tout ce qu'il y avait, dans les traditions nationales et comme domestiques, de clair et d'accessible à l'art. Ces sujets ne pouvaient probablement fournir à soixante-quatre tableaux; c'est pourquoi l'on a rempli les vides par un combat de Làpithes et de Centaures, sujet si favorable à la variété, si familier à la sculpture grecque qu'on ne peut ne pas y voir comme une loi de la tradition.

La frise, son nom grec l'indique, porta dans le principe des animaux peints , puis sculptés. Les vases

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archaïques qu'on trouve partout en Grèce et qui sont couverts d'animaux fantastiques , de sphinx, de grifTons, de monstres empruntés à l'Egypte et surtout à l'Asie, peuvent donner une idée des ornements figurés sur les métopes des premiers, temples. On en verra un exemple sur les métopes trouvées à Assos. Elles ont même ceci de curieux : au milieu de sphinx qui se regardent face à face, de lions qui dévorent des taureaux , on aperçoit déjà le Centaure , création tout aussi fantastique, mais dont Tart s'empara exclusivement. On comprit quelles ressources offrait cette double nature qui réunissait à la beauté de l'homme la beauté du cheval. Ainsi le respect de la tradition et l'intérêt des artistes eux-mêmes s'unissaient pour choisir une Centaiiromachie. Isocrate dit que ce furent les Athéniens qui , sous la conduite de Minerve et de Thésée, anéantirent les Centaures. Il faudrait donc supposer qu'ils ont pris, sur le Par^ thénon , la place des Lapithes.

Tel était le plan de la frise extérieure. Sans en faire un éloge exagéré, je suis frappé d'une certaine grandeur qui le caractérise et d'un enchaînement philosophique qui en relie toutes les parties sur une façade, les temps héroïques; sur l'autre, les temps historiques; sur les longs côtés, comme transition, les représentants de la civilisation et de la religion enseignant !es bienfaits de l'une et de l'autre aux ha- .hitants de l'Attique. L'unité répandue sur l'œuvre entière, c'est l'idée de Minerve toujours présente :

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d elle venaient tous les bienfaits de la paix et toutes les gloires de la guerre.

On se figure aisément , sans qu'il soit besoin de les décrire , ce que sont des cadres hauts de quatre pieds environ, sur chacun desquels un Centaure lutte contre un Grec, ici vainqueur, là vaincu. Des amphores et des cratères sont renversés sous les pieds des combattants et quelquefois leur servent d'armes : car la querelle s'est élevée au milieu du festin. Pour rompre la monotonie de ces duels qu'un champ étroit condamnait à un petit nombre de développements et de poses, on y avait mêlé Tenlèvement de quelques femmes. Les anciens savaient distinguer sans doute Hippodamie, la fiancée de Firithous, et le Centaure Ëurytion.

Le relief de ces sculptures est si saillant, qu'elles se détachent parfois complètement du fond de la métope. D'autres parties deviendraient en quelques coups de ciseau de véritables ouvrages de ronde bosse. Cette exagération n'était pas seulement calculée pour la hauteur où se trouvaient les métopes, mais rectifiée et sensiblement diminuée par la triple saillie des chapiteaux et de leur tailloir, de la corniche, des triglyphes. De sorte qu'à leur place elles ne débordaient pas, comme on pourrait le craindre, et rentraient dans l'harmonie générale de l'entablement \ Ce principe de demi-bosse a été appliqué

' Vue seule métope complète a été laissée à sa place, mais elle suffit

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