CHAPITRE XVI. Î
moins heureusement au temple de Thësëe. La frise de la cella n'est guère qu'à dix-sept pieds au-dessus du spectateur; le péristyle qui l'entoure» ne permet qu'un rayon visuel trop voisin de la perpendiculaire ; de sorte que les bosses et leurs ombres se projettent avec 'toute leur valeur. Au Parthénon , l'élévation était triple; les sculptures étaient placées sur la frise du péristyle même, de manière à être vues d'aussi loin qu'on le voulait; les saillies de l'entablement corrigeaient l'importance à dessein exagérée des hauts-reliefs. La science de la perspective avait combiné tous ses effets : par elle les métopes ne paraissaient plus que ce qu'elles devaient être, des camées insérés entre des triglyphes.
Là j je reconnaîtrais volontiers Phidias et les connaissances mathématiques qu'il appliqua le premier, dit-on, à la sculpture. De même, la grande pensée qui avait conçu et disposé l'ensemble des sujets ne peut être sortie que d'une seule tête. Mais , au contraire, les détails et l'exécution de cadres si indépendants les uns des autres doivent être laissés à l'inspiration variée des différents sculpteurs qui se les partagèrent. Le sujet indiqué, la grandeur des plaques et la saillie du relief déterminées, l'œuvre des mains les plus diverses rentrera nécessairement , et dans l'idée générale , et dans le plan matériel de
pour démontrer la vérité de ces remarques. Elle représente un Centaure qui tient sous son bras la tète d'un Athénien. Elle se trouve sur te côté du midi , à l'angle occidental.
la frise. Quant au caractère des sculptures, c'est une question tout autre; il n'est pas sans intérêt de s'y arrêter.
Je ne sais si ceux qui attribuent à Phidias et à son école la décoration du Parthénon entier ont tenu suffisamment compte des métopes du Musée britannique. Il y en a d'une beauté incomparable : c'est le plus petit nombre. D'autres ont des défauts tellement frappants qu'on les déclarerait mauvaises , si un mélange de qualités sérieuses ne donnait à réfléchir. Par exemple 9 le Centaure qui bondit triomphant sur le cadavre de son ennemi est d'un mouvement et d'une expression admirables. L'orgueil et l'ivresse insolente de la victoire n'ont jamais été rendus avec autant de bonheur. Cabré et frémissant, il . foule encore aux pieds un corps qui n'a plus de sentiment. Sa queue fouette l'air. Derrière lui volent les pattes d'une peau de panthère que son bras étendait comme un bouclier. La gueule de l'animal pend vers le mort comme pour le dévorer. On dirait que le Centaure communique aux objets mêmes qui l'entourent sa férocité. Il y a dans cette ombre de panthère l'intention et l'illusion qu'a mises Michel- Auge dans la peau que tient à la main saint Barthélémy dans le Jugement dernier. Le cadavre , étendu à terre, est d'une vérité saisissante : c'est déjà le calme de la mort , et c'est encore sa dernière convulsion.
Un autre groupe, un peu inférieur en beauté,