‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 144 sur 200 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ne pourrait y ajouter que d'inutiles commentaires. Les sculptures du Parthénon sont une démonstration claire et comme vivante de Thistoire, mais de l'histoire telle que Tart doit la comprendre et la traduire, embellie par ses créations, rehaussée par un caractère idéal. Le désir de pénétrer dans les mœurs de la Grèce nous entraîne à prendre au mot les monuments où on les voit figurées, et nous faisons à peine la part de la fantaisie de l'artiste. Nous ne cherchons pas s'il a pu ajouter, au gré de son inspiration , des détails poétiques; si, au lieu de copier servilement les faits , il ne les a pas disposés , réunis , combinés différemment, formant d'éléments divers un ensemble harmonieux. L'archéologie elle-même ne peut être satisfaite de ces interprétations : elles sont trop faciles et blessent trop le sentiment de l'art pour être vraies. Le génie grec, quelque contenu qu'il soit par la tradition et par les règles du beau , a une liberté d'allures et une richesse d'imagination qui doivent nous rendre circonspects. Ses œuvres ne se traduisent pas comme une prose courante. Elles ont, ainsi que la poésie, leurs belles fictions , leurs gracieux mensonges : on les admire, mais on se garde d'y croire aveuglément.

La frise du Parthénon offre ce mélange de réalité et d'idéal qui éclaire à la fois la science et qui la trompe. Cependant, les dieux qu'on y voit assis auprès des mortels, les êtres allégoriques qui conduisent les chars des guerriers, avertissent la critique

«ruser de réserve. La description des Panathénées n'est pas écrite par le sculpteur comme elle le serait |)ar rhistorien.

D'abord, la composition même ne retrace pas, comme on Ta dit souvent, la seule procession des Panathénées. C'est Tensemble de ces fêtes solennelles, depuis les cérémonies secrètes qui se célébraient, la nuit, dans le temple de Minerve Poliade, jusqu'aux courses de chars et de chevaux dont les bords de rilissus étaient le théâtre. Ici, les dieux assistent au triomphe de Minerve; là, les jeunes Athéniens se préparent et revêtent leur costume dans le Céramique ou dans le Gymnase. Leurs esclaves amènent leurs chevaux , les brident , les caressent. Par un enchaînement habile, les principales scènes sont réunies, malgré la différence du lieu et du temps. La disposition même de la frise aide l'artiste à leur donner l'unité et une impulsion commime.

(Vest là ce qui a pu faire illusion. Mais , pour avoir méconnu les libres créations du génie, on a avancé, sans preuves et quelquefois en contradiction avec les écrivains anciens, des explications naturellement fort invraisemblables. Ainsi, le Parthénon, et non plus l'Érechthéion , est devenu le centre et le but des cérémonies ' ; le péplus n'a plus été qu'un rideau qui pendait devant la statue de Phidias^; la prétresse de Minerve et le Praxicrgkle se sont transformés en reine

' L«ake, p. 546.

* YiscODti, Mémoire sur tes seuiptures du Parthénon ^ p. 36.

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et en archonte-roi * , pour que la procession en devînt plus magnifique, et Ton a fait monter sur le rocher de l'Acropole des troupes de cavaliers et des chars à quatre clievaux^. Je tâcherai dé faire ressortir, dans une rapide énumération , les détails que les textes justifient 9 ceux dont ils laissent à lartiste la responsabilité et le mérite.

Sur le côté oriental de la frise, au-dessus de rentrée, la grande prétresse et un prêtre de Minerve préludent à la fête par les cérémonies qui en sont Torigine et le but. Je n'ai point à parler ici de la pensée politique qui avait présidé à l'institution des Panathénées. ÂuX yeux du peuple, c'était simplement le jour où l'on enlevait à la statue en bois, à la Minerve tombée du ciel, son péplus terni, pour en substituer un neuf qu'on apportait en grande pompe. Ce n'est pas sans raison que l'on a représenté sur la façade principale, au centre de l'action, les rites sacrés qui formaient le caractère distinctif du culte de Minerve, I)u côté gauche, la grande prêtresse reçoit des deux vierges Errhéphores les objets mystérieux qu'elles ont été chercher dans la. ville. « Pendant la ce nuit qui précède la fête , » dit Pausanias , « les Er- <* rhéphores prennent sur leur tête ce que la prétresse « de la déesse leur donne à porter. Elles ignorent ce « qu'on Leur remet; celle qui le leur donne l'ignore

• ViscoDtiy Mémoire, ete„ |i. 37.

' Ottfr. MûNer, Mémoire annexa à l'éditÎDn alleiDande deStuart (t. II, p. 696). — Leake»p. 317.

« aussi. Il y a dans la ville ^ près de la Venus des ce Jardins, une enceinte où se trouve un chemin (( souterrain , creusé par la nature. Les jeunes fila les descendent par là, déposent leur fardeau. et i( en reçoivent un nouveau soigneusement cou- « vert. »

On a supposé, d après Tétymologie , que ce qu'elles emportaient de TAcropole, c'étaient les restes de la laine qui avait servi à tisser le vieux péplus, et que ce qu'elles rapportaient, c'était la laine qui devait entrer dans la confection du nouveau. Tout ce que Ton sait, c'est que les deux Errhéphores travaillaient avec les prêtresses au vêtement sacré. Elles commençaient le dernier jour du mois Pyanepsion. Tant que leur travail durait , elles demeuraient à côté de l'Érechthéion. Il fallait qu'elles eussent au moins sept ans, onze au plus. On remarquera, en effet, sur le l)as-relief , que leur taille est beaucoup plus petite (|ue celle de la prêtresse. Ck>mme la scène se passe pendant la nuit, la première tient à la main un flambeau. En s'approchant, on distingue même les contours de la flamme.

Pendant ce temps, un^des Praxiergides a enlevé à la statue de bois le péplus des quatre dernières années. 11 le replie, aidé par un jeune enfant, et la déesse est prête à recevoir sa nouvelle parure. Ces préliminaires, symbole de la fête entière, ont lieu dans le secret du sanctuaire. L'on ne s'étonnera pas (le voir le culte de Minerve Poliade figuré sur la frise

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