‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 151 sur 200 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

a un caractère d'unité que personne n'a méconnu. C'est le même principe, le même dessin, le même style. On sent qu'une seule inspiration a esquissé d'un bout a l'autre tous les tableaux. L'exécution, au contraire, est inégale : ici, admirable de largeur ou de fini; là, sèclie, négligée, parfois même incorrecte. Ce passage de la beauté à la médiocrité ne peut s'expliquer que par les mains différentes qui ont rendu la pensée du maître. De l'examen seul des bas-reliefs résulte cette conviction, que si Phidias a conçu et dessiné leur magnifique ensemble , ses élèves les ont gravés sur le marbre. Je dis ses élèi^eSj parce qu'il n'y avait que son école qui pût le suivre dans la voie nouvelle où il entrait.

Ses prédécesseurs avaient décoré les temples de sculptures à haut-relief, qui n'étaient qu'une imitation de la nature. On dirait des statues en ronde bosse, coupées par la moitié, et appliquées sur un fond uni. Telles sont les sculptures du temple de Thésée, telles sont celles de la Victoire sans ailes, telles sont les métopes du Parthénon. Phidias fut proprement l'inventeur du bas-relief. Il sut, avec une légère saillie, donner aux surfaces et aux plans Içur valeur apparente. La science de la perspective et le sentiment personnel l'aidèrent à produire cette illusion. Ce genre échappe aux règles ordinaires de l'art. Il ne s'agit plus de copier exactement les formes et leurs développements réels, mais d'en indiquer, sur une épaisseiu* considérablement réduite, les proportions

relatives et les masses inégales. Il fallait demander à rinspiration du ciseau ce qu'on obtient, dans la grande sculpture, par l'étude du modèle, et s'en fier à un trait heureux, à un eflFet imprévu, pour rendre certaines vérités. Les lois mêmes de la logique furent quelquefois violées. Ainsi l'on donna aux figures du second plan plus de saillie qu'à celles du premier. Ainsi le champ du bas-relief fut creusé par places, et quelques parties sculptées s'y enfoncèrent. Il convenait, en outre, de calculer la hauteur qu'occupait l'œuvre entière, et de ménager habilement les incorrections, plus favorables au jeu de la perspective qu 'une régularité maladroite .

Ce système exigeait une verve, une souplesse, un sentiment surtout, inconnu aux vieux maitres de l'école attique. Celui qui l'avait créé pouvait seul former des talents encore jeunes et flexibles. La part de Phidias dans le vaste travail de la frise n'aurait donc rien d'exagéré si elle se réduisait à un dessin général, à quelques. morceaux d'exécution qui servirent de modèle , et à une influence directe sur les études de ses élèves. Pour l'esquisse elle-même, j'admettrai toutes les réserves que l'on voudra faire. Chacun a pu apporter son idée; chacun a pu, dans l'intérêt de la variété, chercher des motifs , des combinaisons différentes. Mais l'ensemble a trop d'unité, trop d'harmonie de style, pour qu'un seul génie n'ait pas recueilli tous les éléments, et, en se les assimilant, ne les ait pas transformés et coulés dans le même

Page 1