CHAPITRE XVIII
ciel , on osa seulement les retoucher. Aux vêtements véritables on substitua des draperies de bronze et d'or* ; les têtes et les bras furent refaits en marbre blanc, ou bien on revêtit d'ivoire le bois qu'on respectait , en insérant dans lorbite de l'œil des matières précieuses. Ainsi se forma peu à peu cette branche de l'art que les modernes peuvent à peine concevoir, mais que la Grèce tenait en si universel honneur, et à laquelle les hommes libres avaient seuls le droit de se consacrer , la Toreutique.
L'Asie enseigna à former l'image des dieux des matières les plus rares (la Bible en fait foi); l'Egypte, à lui donner des proportions colossales. Phidias réunit tous ces éléments barbares, y joignit l'expérience de ses devanciers, et créa des œuvres d'une beauté idéale, où la richesse ne nuisait point au granc^ose, où le grandiose ne s'écartait ni de la nature ni du vrai. Dans son /££/?//«/- Olympien, M. Quatremèrede Quincy a écrit l'histoire de la toreutique et de Phidias, de ' manière à ce qu'on ne puisse faire autre chose après lui que le copier. Il enseigne encore, avect oute l'autorité que lui donne son double titre de savant et
■ La toreutique existe. encore dans l'art byzantiu, mais transportée
dans la peinture. On trouve fréquemment dans les églises {precques des
tableaux qui représentent la Vierge .ou des Saints, avec une couronne
d'or, des vêtements d'argent, Undis que la tête et les mains sont peintes.
Le pays est-il pauvre et l'église modeste, la couronne est en cuivre,
la draperie en fer-blanc. Ce sont des feuilles clouées sur bois et où les
lignes sont gravées en creui.
806 L'ACROPOLE D'ATHÈINES.
d'artiste, la théorie de la statuaire chryséléphantine, qui était si complètement inconnue qu*on croyait à peine au témoignage des auteurs anciens. Comment l'ivoire pouvait s'amollir et se tailler, l'or se nuancer et se teindre ; comment les morceaux se travaillaient séparément, puis s'assemblaient; par quelle armature se soutenait le colosse: en un mot, les questions les plus délicates sont résolues par M. Quatremère, tantôt à l'aide d'un texte habilement interprété, tantôt par l'autorité de ses études personnelles et de ses connaissances pratiques.
La statue qui fut placée dans le Parthénon avait vingt-six coudées de hauteur (environ trente-neuf pieds). Si l'on donne seulement huit pieds à la base, qui était ornée elle-même de sculptures, elle porte la hauteur totale à quarante-sept pieds. On comprend, par ce seul chifire, quelle dépense ce fut de couvrir d'ivoire et d'or un pareil colosse. Phidias avait proposé au peuple de faire les nus en marbre pentélique, qui devait conserver son éclat plus longtemps. Les * Athéniens goûtaient assez cet avis. Mais il eut l'imprudence ou l'adresse d'ajouter que ce serait meilleur marché : aussitôt ils le firent taire. Il ne convenait qu'à une petite ville comme Platées de demander à Phidias un colosse économique en marbre et en bois doré.
Nous ignorons ce que coûtèrent l'ivoire et son dispendieux appareil. Mais ce fut évidemment un sacrifice beaucoup plus réel que les quarante talents