‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 155 sur 200 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

d or employés aux vêtements de la déesse. Comme dans l'antiquité on ne voulait pour le trésor public ni placement ni rapport, peu importait qu'on enfermât l'or monnayé et en lingots dans l'opisthodome, ou qu'on le fondit, pour le garder sous forme de draperie. On le comptait aussi bien comme une réserve pour les circonstances extrêmes. C'est ce que faisait Périclès tout le premier, quelques années à peine après l'achèvement de la statue, au commencement de la guerre du Péloponèse. Par son conseil, Phidias avait disposé l'or de manière qu'on pût l'enlever facilement et le peser. Cette précaution le sauva dans son premier procès et permettait, la nécessité pressant, de consacrer au salut public des ornements qu'on pouvait remplacer par du plâtre ou du bois doré.

Minerve était représentée debout, avec une tunique qui lui tombait jusqu'aux pieds. Sa poitrine était couverte par l'égide ; au milieu de l'égide était la tête de Méduse, en ivoire, comme le fait remarquer Pausanias : c'est dire que l'égide était en or. Une de ses mains, étendue, portait une Victoire haute de quatre coudées (six pieds environ), en ivoire également, avec une draperie et des ailes d'or. C'était un des morceaux les plus admirables. L'autre main tenait la lance, auprès de laquelle on voyait le serpent, forme symbolique d'Érecththée. Les connaisseurs le louaient fort.

Le bouclier reposait aux pieds de la déesvse, et son

casque était surmonte d'un sphinx et omë, de chaque coté, d'un grifTon, U n'est pas besoin de dire que le visage, les pieds, les mains, étaient en ivoire. Pour laprunelle des yeux, Phidias avait choisi deux pierres précieuses dont la couleur approchait autant que possible de l'ivoire; harmonieuse alliance qui rendait la transparence et le rayon lumineux du regard humain. Des yeux bleus eussent probablement tranché trop vivement sur la douceur de l'ivoire, et l'art, au nom d'un goût exquis, osa dédaigner la tradition.

Ainsi nous pouvons, à l'aide des témoignages anciens , entrevoir la Minerve du Parthénon , ses proportions colossales , sa pose, les particularités importantes de son ajustement, la disposition des riches matériaux dont elle était formée. Mais, lorsqu'il s'agit des chefs-d'œuvre de l'art, l'esprit ne se tient éclairé véritablement que par l'entremise des sens, et l'on est amené à chercher, parmi les sculptures grecques qui nous sont parvenues, des types qui précisent les vagues exquisses de notre imagination.

C'est ce qu'a fait M. Quatremère, et cette partie de son ouvrage est, si j'ose le dire, un peu moins heureuse. Je ne parle pas de ses dessins, que l'on ne doit considérer que comme des explications, des démonstrations peintes , et où il ne faut chercher ni le style , ni le sentiment grec * : cela tenait au goût gé-

' Oo voit, |Mr les lettres qa'il écrit de Loodres k Canova (1818).

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néral du temps. Mais cette influence se retrouve encore dans ses appréciations générales et dans ses théories esthétiques. Pour la Minerve, en particulier, on souhaiterait un type tout différent de celui que nous présente M. Quatremère : « L'influence, « dit-il, (c que l'espèce de la matière et du travail analogue à « elle peut avoir eue sur le style des statues, fut cer- « tainement sensible à l'égard des ouvrages qui tirent « partie de cette division de l'art de la sculpture ce qu'on appela toreutique. Si donc la Minerve du « Parthénon fut d'or et d'ivoire, si elle fut un .com- <c posé de toutes les richesses extérieures de l'art, « cette seule considération nous conduit à chercher (c les analogues de cette statue dans celles des figures a de Minerve où brille» à la fois le style le plus riche, (C le plus varié et le plus abondant en détails. »

Ce principe posé , M. Quatremère se rappelle une pierre gravée, signée par Aspasius, belle, du reste, mais chargée d^omements , maniérée, et qui trahirait son époque, si la façon des lettres grecques ne l'indiquait clairement. Le profil de la déesse semble dérobé aux peintures de Pompéi , pur, mou et un peu banal. Elle porte un double collier et des boucles d'oreilles. Son casque immense est surmonté d'un cimier à trois rangs. Un sphinx se cache à demi sous le cimier; deux pégases couvrent les côtés du casque.

quelle révélation furent plus tard pour M. Quatremère les sculptures du Parthénon.

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Huit chevaux au galop sont rangés sur la visière. D'autres pégases ornent les plaques mobiles qui se rabattaient sur les oreilles. Sur la partie qui protège la nuque , on voit encore une branche d olivier, des écailles de serpent. Ainsi une œuvre qui porte un cachet éclatant de recherche et de profusion a paru une copie de Phidias. « Qui ne voit que le style de « la pierre gravée appartient spécialement à cette c( branche de la sculpture dans laquelle l'artiste se « trouvait naturellement porté à multiplier les acces- « soires et les richesses de détail? Ce goût ayant in- « contestablement été celui de la Minerve du Parthéc< non, il doit paraître à peu près démontré, etc. , etc. »

M. Quat remère est confirmé dans son opinion par la ressemblance qu'il trouve entre les tétradrachmes athéniens de la seconde époque et la pierre d'Aspasius. Je ferai remarquer que ces tétradrachmes , qui sont postérieurs au siècle d'Alexandre, ne portent ni le sphinx ni les griffons dont parle Pausanias; en échange, ils ont deux pégases et, sur la visière du casque, huit chevaux dont il ne parle pas.

Enfin, pour l'ajustement , M. Quatremère choisit son modèle ^ la villa Albani. Mais il ne se dirige point vers la célèbre Minerve dont la beauté puissante et le caractère grandiose étaient peu goûtés par une génération qui préférait l'Apollon et le Méléagre. Il s'arrête devant une Minerve inférieure en beauté, mais qui le frappe « par une disposition d'habillé- « ment et de draperie très-dictincte, par sa richesse

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