CHAPITRE XVIII
a et son élégance , et une tête tout à fait conforme '< pour le style et la coiffure' aux têtes du tétra- « drachme d'Athènes et de la pierre gravée d'Aspa- « sius. » Au lieu de combattre méthodiquement le sytème de M*. Quatremère, j'essayerai d'exposer une idée différente. Peut-être l'imagination évoque-t-elle mieux la Minerve d'or et d'ivoire à la place même où elle s'élevait et au milieu des marbres du Par* thénon?
La mesure et une esquise sobriété sont l'essence de l'art grec , avant sa décadence. En architecture, en sculpture, dans la peinture des vases, partout l'on admire ce génie de grâce et de simplicité , qui rencontre la beauté sans paraître la chercher. La prétention à l'effet et une ambitieuse ostentation lui sont tellement inconnues , qu'il se résigne volontiers à une certaine monotonie, en répétant un beau motif, plutôt que de chercher l'originalité. Ceux qui croient à rinfluence des lieux et du ciel sur l'esprit d'un peuple, pourraient dire que la nature même de la Grèce enseignait aux artistes combien la distinction est ennemie du luxe , et comment les beautés les plus simples produisent les plus grands effets et des impressions toujours neuves. Ce caractère éminent du beau siècle ne pouvait se transformer tout à coup , parce qu'au lieu du marbre on employait l'ivoire, au
' Le casque passe cependaDt pour une restauration moderne. Il a, eo efiety été copié sur le casque de la Minerve Farnèse.
lieu du bronze l'or. La matière ne fait point l'artiste. Un talent affecté le sera encore devant la pierre la plus grossière. Une inspiration puissante ne se rapetisse pas jusqu'à la minutie, parce qu'elle va pétrir un lingot d'or.
Si la statuaire chryséléphantine avait été entraînée à ses débuts (ce que nous ignorons) vers un luxe trop complaisant d'ornements et d'accessoires ; si, en copiant les vêtements véritables des mannequins en bois , elle s'était attachée à en reproduire la variété , la profusion , le clinquant ; le premier soin de Phidias eût été de la ramener à un goût sévère et au mépris de ces étalages. Je n'en cherche d'autre garant que sa manière grave, sobre, grandiose, telle du moins que nous la révèlent les jugements des anciens et les sculptures du Parthénon. L'or et l'ivoire n'étaient point pour lui des trésors dont il fallait multiplier les éblouissements. C'étaient les plus belles substances où pût s'imprimer la pensée humaine, les plus favorables aux conceptions du sculpteur, mais à condition qu'il n'en fût point l'esclave. Leur poids dans la balance frappera les esprits positifs : pour un artiste, elles n'ont que la valeur que son génie leur donne. Quelle gloire, en effet, d'être parvenu, à force d'ornements et d'invention , à dépenser un talent d'or de plus ! Un artiste ordinaire sait déjà placer plus haut la véritable beauté. On peut sans crainte reconn£|itre cette sagesse au plus grand de tous les sculpteurs.