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CHAPITRE XVIII

La Minerve n'était donc point une de ces madones d'Italie, écrasées sous le poids de l'or et des joyaux. En cherchant à m'en retracer l'image , ce n'est point le jeu des matières précieuses qui me préoccupe, c'est la pensée qui leur a donné la vie ; et cette pensée , toujours simple et sublime , sera sous l'or et l'ivoire ce qu'elle eût été sous le bronze et le marbre.

J'irai aussi tout d'abord vers la villa Âlbani, mais pour y revoir la vraie, la seule Minerve qu'elle possède, ce chef-d'œuvre quedes Dieux naguère en vogue ont injustement rejeté dans l'ombre. Ce que je réclamerai au nom de Phidias , c'est cette tête calme et puissante, cette bouche qui ne sait point sourire, mais qui respire la sagesse et la persuasion, ces yeux d'une sérénité invincible, ces traits sévères qui n'ont de féminin qu'une idéale pureté ; c'est la chevelure, qui encadre le front de ses flots pressés et que le casque ne peut contenir; le cou, enfin, et la ligne des épaules qui tiennent à la fois de l'Hercule et de la vierge. Voilà ce que je me figure facilement dans des proportions colossales , tant la grandeur absolue qui rehausse déjà le marbre y porte naturellement l'esprit. Le ton chaud et harmonieux de l'ivoire donnera aux traits de la déesse je ne sais quel éclat doux et quelle grâce moins austère. Les yeux n'ont point le globe éteint et morne des statues ordinaires. A une hauteur de quarante pieds , personne ne distingue les pierres précieuses : mais on voit briller Téclair de

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rintelligence divine et les deux rayons qui annoncent la vie.

Je ne parle point des bras de la Minerve Albane , qui sont modernes. Mais je lui emprunterais encore cette belle et large poitrine, dont les seins gonflés par la force , et non par la volupté , soulèvent la lourde égide qui les presse. Je voudrais Tégide plus ample encore et retombant derrière les épaules, conune je ne lai vue qu'à Munich. Sans revenir à la pesanteur symétrique de la Minerve d'Égine, que la tradition ait encore toute sa force! Que l'égide soit toujours la peau de chèvre et ne manque point d'une certaine roideur! Que l'or qui la formera sorte plusfouge des fourneaux des teinturiers, pour rappeler le vermillon dont les femmes libyennes la peignaient. Au milieu, on voit la tête de Méduse, en ivoire et plus grande que nature. Pour le reste des vêtements, il faut quitter la Minerve Albane ; car Pausanias nous apprend que Phidias avait enveloppé la déesse de la seule tunique, qui lui tombait jusqu'aux pieds. M. Quatremère est conduit par son système à ne tenir aucun compte du témoignage de Pausanias, unique autorité cependant. Il trouve que cette simplicité ne se prête nullement au goût de richesse qu'il suppose à la statuaire chryséléphantine * , et il met dans sa restauration trois étages de draperies , où l'or change autant de fois de nuance que l'étoffe de nature.

■ Page i3o âvL Jupiter Olympien.

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Pour moi , j'aurai plus de respect pour un texte ancien. J'y trouve une nouvelle preuve de la simplicité grandiose du style de Phidias,, et je ne suis nullement embarrassé pour me figurer sa Minerve aussi modestement vêtue. Elle est en tunique, comme la Minerve Borghèse, qui tient aussi la lance et qui porte aussi sur son casque le sphinx et les deux griffons, comme la Minerve de Florence , comme la Minerve du Capitole , comme les Minerves Giiaramonti, Pamphili, Giustiniani, à Rome, comme deux charmants torses qu'on a retrouvés dans l'Acropole d'Athènes, enfin , ce qui est plus décisif encore , comme la Minerve du fronton occidental. Le péplus était réservé à Minerve Poliade. La déesse du Parthénon avait le costume des vierges : la tunique tombante, serrée autour de la taille par un simple nœud, par deux ser^ pents, si l'on veut, ces gardiens de tous les trésors. Car les deux statues que l'on voit au Musée des Propylées ont des trous à la ceinture qui retenaient des ornements de métal, et le marbre de la villa Borghèse porte encore les serpents. Mettez la robe et le manteau : il faut que les draperies prennent de la consistance, de la pesanteur. Au lieu qu'en imitant la simple tunique de lin , l'or court sur tout le corps en mille plis souples et légers. Ce n'est nî sa richesse, ni son immense quantité, qui frappe les yeux ; c'est son essence fine et ductile, sa nuance transparente qui semble voiler les formes commed'un tissu de lumière. Les Grandes déesses et les Parques du fronton orien-

lai nous révèlent le style de ces inimitables draperies.

Pour le casque, l'on doit lussi s'en tenir a Pausanias : « Il y a, » dit-il, « sur le sommet du casque, « un sphinx, et sur les côtés, des griffons, w Voilà qui est positif, et je ne vois pas comment on peut ensuite chercher une copie de Phidias sur un tétradrachme qui n a ni les griffons, ni le sphinx, ou sur une pierre gravée qui a seulement le sphinx , avec une profusion d'ornements dont Pausanias ne dit pas un mot. La tête parait déjà suffisamment chargée par ces trois monstres , sans qu'on y ajoute quatre pégases et huit chevaux. Je ne sais vraiment pourquoi l'esprit ne se tiendrait pas satisfait , lorsque la description de Pausanias est si pleinement confirmée par un des beaux antiques du Musée de Naples : je veux parler de la Minerve Farnèse, dont le casque est précisément surmonté d'un sphinx, entre deux griffons. La visière et les garde-joues sont relevés ; les trois êtres fantastiques s'étendent sur la surface arrondie et forment un triple cimier. Cela est élégant, riche avec mesure; on ne peut rien demander de plus à un casque. Imaginez-le plus beau, dans d'autres proportions : ce sera celui de Phidias.

Quant au type de la Victoire, ce morceau si admirable , selon Pline , je ne le chercherai pas sur les monnaies romaines, mais au Partliénon même, sur le fronton oriental. C'est pour cela que je ne puis la voir demi-nue , comme la représente M. Quatremère. Son mouvement ne fera point glisser la tunique,

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