‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 159 sur 200 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

(( temps celle d'un des écrous ou d'une vis de l'arec mature. Si on l'eut dérangée, l'ensemble de la « statue se serait trouvé en péril d'être dissous et dé- « truit. En effet, la Victoire, la main qui la suppor- « tait, les bras et de proche en proche d'autres pièces <c auraient menacé ruine. »

Mais tant d'art ne fit qu'accroître la colère du peuple et sa jalousie ainsi prévenue. L'œuvre resta; mais l'artiste, accusé d'impiété, fut jeté en prison et y mourut. C'était, à Athènes, la récompense ordinaire des grands hommes. Quelle vieillesse fut celle de Périclès ! Combien la peste fut bienfaisante , qui le déroba lui-même à l'ingratitude de ses concitoyens! Déjà on avait exilé Anaxagoras, son vieux maitre; ses larmes seules avaient sauvé Âspasie; Phidias, son ami, était mort en prison. Les Athéniens craignaient encore Périclès et son sourcil olympien. Mais, n'osant l'attaquer dans sa puissance , ils le blessaient dans ses affections et se revengeaient sur une femme et sur deux vieillards!

Outre le bouclier, les semelles de la déesse avaient été ornées de sculptures. Là, peut-être, on pourrait accuser la statuaire chryséléphantine d'exagération et de profusion. Mais il ne faut pas oublier que le genre colossal a ses exigences, et que, de même qu'à l'aide d'un verre grossissant op aperçoit sur les objets une foule de détails jusque-là invisibles, de même, quand les objets eux-mêmes grossissent, l'artiste doit multiplier les ornements, pour que les

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grandes surfaces ne paraissent point nues et monotones, a La chaussure qu'il donna à Minerve était la « chaussure tyrrhénienne. » C'était d'ordinaire , dit Pollux •, une semelle de quatre doigts de haut, avec des corroies dorées. Sur une statue six à sept fois plus grande que nature y elle devenait donc épaisse de vingt-six doigts , c'est-à-dire de quinze ou seize pouces. Lorsqu'on était loin, peu importait que cette surface fût lisse ou décorée de bas-reliefs. Mais lorsqu'on s'approchait, le regard, en se portant au-dessus du piédestal, rencontrait cette énorme semelle, qui prenait une importance démesurée, précisément parce qu'on ne pouvait embrasser l'ensemble du colosse. Faire diversion, occuper la curiosité, la charmer par une série de sujets, c'était plus que de l'art : c'était une nécessité. Les sujets étaient les combats des Lapithes et des Centaures.

Enfin, je ne crois pas qu'il soit besoin de justifier Phidias d'avoir orné de sculptures le vaste piédestal qui supportait la statue. Peut-être était-il en bronze, pour ne point nuire à l'efFet de l'œuvre principale. Dans ce cas, la statuaire chryséléphantine serait hors de cause. Phidias avait appelé lui-même sa composition la Naissance de Pandore. Il avait représenté, en outre, la naissance de vingt divinités : Apollon et Diane, sur leur ile flottante ; Vénus sortant des ondes;

< Pollux, Onom., VII, aa. La Melpomèoe du Gapitole porte la chaussure tyrrhénieune. Quelques lignes horizontales, tracées sur la semelle, indiquent qu^elle était composée de plusieurs couches.

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