CHAPITRE III
du vestibule , où l'on voit encore les trous qui retenaient le métal.
La même ignorance se remarque chez les deux Grecs auxquels Martin Kraus, professeur à Tubingen, demanda , en i5'j3 , des renseignements sur Athènes. Théodore Zigomalas appelle le Parthénon Panthéon , et Siméon Kauctsila le croit le Temple du Dieu inconnu. C'était également le temple du Dieu inconnu en 1621, lorsque l'ambassadeur de France à Constantinople , M. Deshayes, passa par Athènes.
Lorsqu'on songea l'immense service que les études d'un voyageur instruit et sérieux eussent pu rendre alors à la science , on est tenté de vouer au mépris le nom des barbares qui ne nous ont légué que des déceptions. Cependant le temps approchait où une suite d'accidents inouïs allait détruire en une seconde des œuvres que vingt siècles n'avaient fait qu'efïleurer et qui étaient construites pour durer éternellement.
En i656, la veille d'une grande fête que les Turcs voulaient pieusement célébrer, l'aga Isouf eut l'idée de ruiner à coups de canon l'église de Saint-Dimitri , qui se trouvait dans la plaine. Il fit disposer en batterie deux ou trois pièces et commanda à ses soldats d'être prêts le lendemain dès l'aurore. 11 demeurait sous le dôme qu'on avait construit au-dessus du grand vestibule des Propylées; les Propylées eux-mêmes servaient de magasin à poudre et de dépôt d'armes. Pendant la nuit , le tonnerre mit le feu aux poudres
34 L'XCROPOLE D'ATHÈNES.
et lag^ sauta avec toute sa famille , « excepté une de « ses filles qui se sauva et qui s'est mariée depuis à a un Turc d'Athènes. Le lendemain on trouva des a flèches, des arcs, des boucliers jusqu'à une lieue au « delà par la campagne ; mais on n'a eu aucune nonce velle de l'aga depuis ce temps-là. Les Grecs céleft brent tous les ans une fête à ce sujet. »
Cependant , grâce à l'excellent principe de construction des monuments grecs , la plus grande partie des Propylées résista à l'explosion. La couverture du vestibule fut emportée, les tuiles, les caissons de marbre lancés au loin; la plupart des architraves de marbre, longues de vingt pieds, furent seulement soulevées par la force de la poudre et jetées à terre où elles se brisèrent ; deux colonnes ioniques furent détruites; les autres restaient, ainsi que la façade et son fronton. Mais la destruction, une fois commencée, continua lentement par la main des hommes.
Comme si ce premier malheur eût été un avertissement de mieux étudier les ruines qui allaient peutêtre disparaître , les voyageurs qui arrivèrent les années suivantes décrivirent avec quelque soin les antiquités de l'Acropole. S'ils ont plus d'érudition que de goût, et si cette érudition superficielle tombe dans de fréquentes erreurs, leurs ouvrages ont cela de précieux, qu'ils nous ont conservé des détails qui ont disparu dans la suite. On sait gré en outre à quelques-uns d'une admiration sincère qui n'allait pas