CHAPITRE XXI
modernes, il n'en est pas de même du puits d'eau de mer dont parle Pausanias. On a cru qu'il çtait masqué par une citerne turque qui occupe un coin du petit souterrain. Mais j ai fait enlever les décombres qui comblaient la citerne, et à peu de profondeur j'ai trouvé le rocher. Il ne faut probablement pas attacher au mot puits un sens trop rigoureux. Cette eau salée, cette mer Érechthéide n'était qu'une supercherie des prêtres. La porte basse, sous laquelle il faut passer en se courbant, servait à quelque manœuvre destinée à satisfaire la piété publique. C'est ainsi que devait se produire ce sourd grondement des flots qu'on entendait quand le vent du sud souf- . fiait. Le temple d'Isis à Pompéi présente un exemple analogue, et l'on y apprend par quel moyen on prétait une voix aux statues des dieux.
Le portique du nord, dans les fondations duquel ce caveau est irrégulièrement ménagé , était encore intact avant la guerre de l'Indépendance. Quoiqu'il soit ruiné en partie aujourd'hui, c'est là qu'on peut étudier l'ordre ionique dans tout son développement. Le linteau delà grande porte s'est fendu à une époque qui nous est inconnue. On ajouta , pour lé soutenir, un autre linteau et d'autres chambranles dont le travail et les moulures contrastent avec la richesse élégante des morceaux plus anciens. C'est cette porte (jue désigne l'inscription du Musée britannique. Devant la porte et sous le portique du nord, il y avait un autel qui n'était pas encore mis en place sous
rarchontât de Dioclès, et qu'on appelait l'autel du Sacrificateur.
La même inscription mentionne plusieurs fois également le portique du midi ; les statues qui le soutiennent sont simplement appelées les Jeunes filles, Sont-ce les vierges errhéphores qui figurent sur la frise orientale du Parthénon ? Leurs têtes portent-elles le fardeau de l'architrave en réminiscence du fardeau mystérieux que leur confiait la grande prêtresse? Tout me le ferait croire, et la description de Pausanias, qui semble raconter leur histoire en présence de [leurs images, et la demeure qu'elles occupaient auprès de l'Érechthéion, et un monument sans importance au premier examen, mais dont certains détails deviennent, par rapprochement, très-significatifs.
L'architrave de marbre ne repose pas immédiatement sur la tête des jeunes filles; mais un chapiteau circulaire en amortit la dureté. Ce demi-globe, dont la base se perd dans leur épaisse chevelure, est orné, vers son sommet, d'un rang d'oves et de fers de lance, dont les courbes accompagnent son mouvement sphérique. Or, l'on verra dans le second volume de Stuart*un piédestal, dont l'inscription atteste que le sénat et le peuple avaient décerné une statue à une En^héphore de Minerve Poliade : elle s'appelait ^4pollodora. Sur la petite corniche du
•Édit. franc., ch. i, pi. 3.