CHAPITRE XXI
leur demeure. Quand le temps eut consacré la place que chacun occupait, l'art dut la respecter en construisant un édifice plus somptueux. Pouvait-on transporter l'olivier sacré , le tombeau de Cécrops , l'empreinte du trident? C'est ainsi que les différentes restaurations de l'Érechthéion maintinrent nécessairement le plan primitif. Mais cela ne veut pas dire qu'elles aient reproduit toutes les dispositions , tous les détails, tous les défauts des constructions précédentes.
L'Érechthéion, malgré sa petitesse, offre un des plans les plus savants et les plus heureux qui se puissent imaginer. Les difficultés n'ont servi qu'à lui donner une variété , un mouvement dont un art arrivé à sa perfection est seul capable. Un siècle qui , en sculpture , ne savait qu'équarrir de grossières idoles de bois pouvait entourer d'une barrière l'olivier et l'autel de Jupiter Hercéen , abriter sous un toit le Palladium , ceindre d'une margelle de pierres le puits de Neptune. Mais les dispositions ingénieuses qui reliaient entre elles les différentes divisions de l'édifice , le parti qu'on avait su tirer de l'inégalité de leur sol, les portiques ou les vestibules qui les précédaient, les escaliers habilement dissimulés qui les mettaient en communication , les colonnades engagées qui les éclairaient , les murs qui isolaient les cellae , ou les galeries (jui les réduisaient à une convenable largeur, tout cela ne parait remonter ni au temps de Cécrops, ni au temps d'Érechthée. Aussi
ne puis-je m 'empêcher d'accueillir avec une grande défiance les systèmes archéologiques qui font de TÉrechthéion tantôt un Mammisi égyptien ^ tantôt un palais homérique. Mais je désire trop m'interdire à moi-même les théories qui n'ont pas le salutaire contrôle des témoignages anciens, pour discuter ici les opinions même les plus spécieuses , et me laisser entraîner loin de mon sujet.