CHAPITRE XXII
DÉCORATION DE l'ÉRECHTHÉION.
L'ordre ionique fut-il choisi pour le nouveau temple parce qu'il l'avait été pour l'ancien? Cette fidélité aux traditions parait vraisemblable, malgré le silence de l'histoire. Quoique les peuples ne transportent point dans le domaine de l'art leurs antipathies nationales (n'est-ce pas à Athènes que le dorique a été poussé à sa plus haute perfection ?), il était naturel que le plus vieux monument d'une ville ionienne, le monument national par excellence, reproduisit l'ordre d'architecture que les Ioniens avaient adopté.
Je suis loin de croire que le dorique n'eût pu se prêter également aux exigences d'un édifice comme l'Érechthéion. Les Propylées nous montrent combien ses proportions savent varier en présence les unes des autres; le temple d'Esculape , à Agrigente , comment ses petites colonnes s'engagent dans un mur ;
le Jupiter Olympien , dans la même ville , comment les statues se substituent aux colonneâ. Dans l'architecture grecque , il y a peu d'éléments, mais un grand nombre de combinaisons. Car les Grecs possèdent par excellence le génie des arrangements. L'ordre ionique, cependant, par sa légèreté, son élégance plus délicate, est mieux approprié à une réunion de petits édifices qui n'ont rien de grandiose, mais plutôt quelque chose d'intime et de capricieux. Dès qu'on ne pouvait prétendre à la grandeur absolue et aux beautés sévères , il fallait recourir à sa grâce un peu molle et à ral)ondance d'ornements qui le faisaient comparer, par les anciens , à une femme coquette et parée.
Écrasé par le voisinage du Parthénon, l'Énechthéion n'a pour lui que l'éclat de sa décoration et le charme de ses proportions, qui est infini. L'Erechthéion, en effet, est pour nous, non pas l'idéal de l'ordre ionique (ce sera toujours le vestibule des Propylées) mais l'idéal de la richesse que peut développer cet ordre né dans la somptueuse Asie. Ainsi, par je ne sais quel privilège , Athènes nous a gardé dans tous les genres les modèles les plus accomplis de l'architecture antique. Nous ne pouvons juger que l'extérieur du temple, puisque l'intérieur est tellement ruiné qu'on en retrouve avec peine le plan. Mais l'extérieur, par compensation, est si heureusement conservé , que tout y est clair et s'y découvre sans effort.