‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 185 sur 200 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

manque : lord Elgin la enlevée. De même que dans les temples doriques, les colonnes et les murs de rÉrechthéoin sont un peu inclines vers le centre, de sorte que leur prolongement vertical aboutirait à un centre fictif placé très-haut dans l'espace et formerait une pyramide. Mais on cherchera en vain les courbes horizontales dans les soubassements et les architraves.

Le portique septentrional a été ruiné en partie pendant la guerre de Tlndépendance. Il était surmonté d'une voûte turque et d'une grande quantité de terre qui devait amortir les bombes. Un boulet brisa la colonne d'angle , tout le côté qu'elle soutenait s'écroula et ensevelit immédiatement les fragments tombés. C'est pour cela que les fouilles ont retrouvé plus tard jusqu'aux morceaux de bois de cèdre ' qui étaient encastrés dans les tambours des colonnes et les unissaient entre eux. Non pas que ce fussent des scellements véritables; il suffît de les décrire pour en faire comprendre l'usage. Au centre de chaque tambour, il y a un trou carré qui correspond exactement à un trou pareil dans le tambour inférieur. A ces deux trous s'adaptent des cubes de bois incorruptible : l'un , qui se prolonge en un petit cylindre taillé dans le même morceau ; l'autre , percé de manière à ce que le cylindre entre tout entier, comme une vis dans son écrou , et y ait

< On les conserve dans le petit Musée de l'Acropole.

un peu de jeu. Lorsque le tambour supérieur était ainsi monté sur pivot, on le faisait tourner jusqu'à ce qu'on eût obtenu par le frottement une adhérence exacte et un joint à peine visible. Pour arriver plus sûrement à ce résultat, on évidait légèrement l'intérieur de la colonne et l'on formait , vers les bords , ime zone en saillie , sur laquelle portait tout le poids du bloc supérieur. C'est par ce procédé qu'on arrivait à faire des colonnes un seul morceau que Ton cannelait ensuite sur place. On peut voir dans les inscriptions comment s'est fait ce travail pour le portique de l'est.

L'aile septentrionale ne diffère que par ses proportions des deux façades de l'est et de l'ouest. Les mêmes détails y sont répétés. Mais, comme c'est sur ce portique que la décoration est surtout remarc|uable et suivie, c'est le lieu d'indiquer rapidement les principaux ornements de l'ordre de l'Érechthéion. Analyser une colonne, c'est les analyser toutes.

Sur un sol exhaussé de trois marches, la colonne pose sa base , qui , outre les moulures ordinaires, est couronnéepar une tresse ou entrelacs en guise de tore. Les cannelures commencent ensuite ; mais, au lieu de monter jusqu'au chapiteau, elles cessent pour faire place à un large collier qui termine le fût de la colonne. Sur ce collier on voit s'élever alternativement, portés par d'élégantes spirales, la palmette et ce lis marin qu'on disait se pétrifier en quittant le fond des eaux : fable charmante j inventée par ceux qui

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virent transporter sur le marbre les lis qu'ils admiraient chaque été sur la plage sablonneuse des golfes de Grèce. Au-dessus du gorgerin commence le rang de perles. Puis les oves, séparés par un fer de lance, se détachent dans leur coquille délicate. Plus haut, la même tresse qui se remarque au tore de la base forme le tore du chapiteau.

Alors commencent les volutes avec leurs triples filets, enroulées comme les boucles d'une chevelure de femme. Elles s'unissent entre elles par ces belles courbes qui se redressèrent peu à peu avec la décadence de l'art, et qui devinrent, dans les monuments romains, de sèches et dures lignes droites. Les coussinets sont brodés de perles. Le tailloir, qui semble prévenir le froissement de l'architrave et en amortir le poids, le talloir est enrichi d'oves, motif fréquent aussi dans les temples doriques. Comme si tant de sculptures n'eussent pas suffi, des guirlandes de bronze doré couraient sur les volutes : leurs attaches sont encore fixées dans le marbre. L'œil de la volute avait été également doré, comme on l'apprend par les inscriptions du temps. On sait même que l'or avait coûté ime drachme la feuille chez un marchand du bourg de Mélite, nommé Adonis. Dans chaque intervalle des entrelacs du tore, on remarque des petits trous où étaient enchâssés vraisemblablement des émaux ou des matières brillantes qui formaient à la colonne comme une couronne de pierreries.

Il ne faut pas croire cependant que ce luxe de dé-

coration fit paraître le chapiteau trop chargé. Tous ces détails sont si légers et d'un goût si exquis, leur importance est d'une mesure si heureuse, ils sont sculptés dans le marbre avec tant de délicatesse, qu'on dirait une broderie.

La même remarque s'applique aux ornements de l'entablement et du plafond intérieur, qui reste encore tout entier au-dessus d'une moitié du portique. C'est le modèle le mieux conservé que nous ait laissé l'antiquité : on y retrouve, avec plus de richesse, les ornements ordinaires ; les uns en relief, les autres peints sur les surfaces unies. Quoique les couleurs aient disparu, on voit sur les moulures des caissons le tracé des différents dessins.

Deux particularités méritent d'être notées : la première, c'est que le fond du caisson est percé dans toute son épaisseur par un trou cylindrique qui ne pouvait servir qu'à retenir un ornement de métal : sans doute l'étoile traditionnelle qui , au lieu d'être simplement peinte, était en bronze doré. I^ seconde, c'est que les rangs de perles qui encadrent l'enfoncement de chaque caisson portent des traces curieuses de réparations. Çà et là, on a ajusté un petit morceau de marbre avec une précision et une adresse infinies : on dirait un travail de marqueterie. Quel accident avait gâté certaines parties et nécessité ce rapiècement? C'est ce que l'on ignore. Nous verrons tout à l'heure que l'Érechthéion brûla en l'année 4<>6- Mais comment l'incendie aurait -il atteint un plafond

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