‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 187 sur 200 · CHAPITRE XXll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXll

lûtes sa chevelure bouclée , les cannelures les plis de sa robe tombante. Il était vraiment plus naturel de mettre la femme elle-même à la place de la colonne. Cependant, si Ton en croit encore Vitruve, il fallut que l'histoire contemporaine, et non pas Tinspiration d'un artiste, ouvrît cette nouvelle voie. « Carye, ville « du Péloponèse , s'unit aux Perses contre la Grèce. « Délivrés de la guerre par une glorieuse victoire, a les Grecs, d'un commim accord, prirent les armes a contre les Caryates. 1^ ville fut détruite, les hommes « massacrés, les femmes emmenées en esclavage; a mais Ton ne souffrit pas qu'elles déposassent leur « robe et leur parure de femmes libres. Qu'était-ce « qu'un triomphe de quelques heures ? On voulait que a l'éternité de leur servitude et de leur humiliation a rappelât sans cesse qu'elles payaient pour un peuple « entier. C'est pour cela que les architectes du temps « les représentèrent sur les monuments publics et « chargèrent leurs images de pesants fardeaux. La c( postérité elle-même devait apprendre ainsi le crime « et le châtiment des Caryates. »

Ce récit est confirmé par un bas-relief du Musée de Naples et par l'inscription qui s'y trouve gravée. Mais si les Grecs ne commencèrent qu'après les guerres médiques à mettre des statues à la place des colonnes , cela ne prouve pas que cette idée leur appartienne. Il y avait déjà longtemps que l'Egypte faisait porter ses temples par des colosses. Les géants du Jupiter olympien, à Agrigente, sont d'un style

assez archaïque pour remonter au commencement du V* siècle , et pour être empruntés, par conséquent, a rÉgypte plutôt qu'à la Grèce orientale. Du reste, le nom même d'Atlas, que les Grecs leur donnaient, ferait supposer qu'avant la ruine de Carye l'architecture avait déjà tiré parti delà forme humaine. Le nom de Caryatides, encore récent dans les souvenirs, eût été employé par l'inscription du Musée britannique, plutôt que cette désignation vague de Jeunes filles. Quoi qu'il en soit, l'honneiu» d'une idée, en matière d'art , est autant pour ceux qui la perfectionnent que pour ceux qui la trouvent. Car souvent le hasard la fait nailre , tandis que le génie seul peut lui donner une forme idéale et immortelle.

Ce qu'il y a d'admirable dans les vierges de TÉrechthéion , ce n'est pas seulement la scidpture (les opinions seront, je crbis, unanimes pour les placer au premier rang parmi les antiques), c'est le caractère monumental (|ui les met en harmonie avec les lignes et le sentiment de tout l'édifice. Telle est l'entente de deux branches de l'art souvent séparées chez les modernes, toujours étroitement unies chez les (îrecs : le sculpteur semble avoir sul>ordonné son (cuvre à celle de l'architecte; l'architecte a tout calculé pour faire valoir les statues du sculpteur. De cette abnégation si intelligente est résulté un ensemble qui atteint la plus haute perfection que la science puisse rêver.

La proportion des Errhéphores est sensiblement

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