‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 188 sur 200 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

plus grande que nature, mais dans cette mesure qui ne frappe point trop brusquement Tesprit et n'éveille point ridée du colossal : on se sent encore dans le vrai. Leur pose montre à la fois le calme et la fermeté , mais rien de cet effort violent qui lève et contracte les bras des Atlas d'Agrigente, pour aider leur tête à porter son fardeau ; quoique , par un heureux hasard , le sourire que leur donne le style éginétique rachète en partie ce défaut.

Belles et sérieuses , les jeunes vierges portent le poids du marbre aussi simplement qu'elles portaient chaque jour le vase rempli à la fontaine Clepsydre. Les bras tombent le long du corps par leur mouvement naturel. Comme tous sont mutilés, on ne peut savoir si les mains tenaient quelque chose. Mais cette position donne au buste une si grande prestance, qu'elle n'a pas besoin d'être justifiée. Le sein dégagé se porte en avant ; les épaules prennent une majestueuse ampleur; tout respire une force tranquille et recueillie, qui s'accorde avec l'immobilité du monument.

Cependant, si le bas du corps eût continué cette tendue ^roite et carrée , on arrivait infailliblement à la roideur. Aussi, quelque ferme assiette qu'il ait donnée aux jambes, l'artiste a-t-il eu soin d'en fléchir une légèrement , de manière à ce qu'elle exprimât , non pas la faiblesse, mais une souplesse gracieuse et une aisance qui se joue sous le fardeau. Si l'on se met en face du portique , les trois statues qu'on voit

sur sa droite fléchissent la jambe droite, les trois statues de gauche la jambe gauche. C'est là, si je ne me trompe , un éclatant emprunt fait à l'architecture et au plus savant de ses secrets.

J ai déjà fait rémarquer que TÉrechtliéion, aussi bien que tous les temples doriques, avait ses colonnes et ses murs inclinés vers l'intérieur, vers un centre imaginaire, et, par conséquent, affectait la forme pyramidale, l'image la plus parfaite de la stabilité. Or, si l'on inscrit dans un cercle le rectangle que forme la tribune des Errhéphores, et si l'on prend le centre de ce cercle , on verra que cliaque jeune fille plie précisément la jambe qui se trouve le plus près du centre; que, par suite, son corps penche vers l'intérieur, et que les statues, aussi bien que les colonnes, ont l'inclinaison traditionnelle. Les statues ont même quelque chose de plus : le sentiment de cette inclinaison , qui porte la résistance vers les extrémités et permet l'abandon vers le centre. C'est là ce qui donne au mouvement contrarié des deux groupes un ensemble si logique et si harmonieux.

Les détails de l'ajustement avaient été l'objet de calculs aussi habiles, quoique moins profonc^s p^rce qu'ils ne remontaient point aux principes mêmes de l'art. Pour dissimuler la taille délicate des jeunes vierges et la rupture des lignes verticales à la ceinture, on les a vêtues autant que le comporte le costume grec. Par-dessus la longue tunique, l'hémidiploïdion et un troisième vêtement qui ressemble au petit pé-

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