CHAPITRE XXII
plus dorique tombent sur les hanches et forment comme une seule ligne perpendiculaire, depuis l'épaule jusqu'aux pieds. En même temps , ils remplissent le vide qui eût existé entre les bras et le* corps et détruisent des jours incompatibles avec l'architecture grecque. Tous les plis sont d'un grand style et d'une vérité qui sait négliger quelques finesses. Le bas de la draperie est d'une fermeté incomparable. Par devant, elle est dérangée par la flexion d'une des jambes et la saillie des pieds , mais par derrière les plis tombent sur le sol comme les cannelures d'une colonne. Leur profondeur et une certaine régularité ne font que rendre plus frappante cette comparaison. La chevelure a été disposée d'une façon particulière, pour recevoir le chapiteau. De grosses tresses enroulées autour de la tête forment comme un épais coussin. Par devant, elles sont cachées par des boucles qui se relèvent librement , à la façon des têtes de Gorgone et d'Aréthuse. Au milieu du front, une double boucle , liée comme une bandelette , forme ce beau fleuron qu'on retrouve sur le front de l'Apollon Musagète. D'autres tresses flottent sur les épaules , et derrière le dos tombe toute la masse de la chevelure, comme si elle venait d'être dénouée. On comprend combien ces accessoires donnent de force réelle et d'épaisseur à l'attache de la tête sur les épaules. Quoique le cou des Errhéphores soit puissant, le marbre, sans ces renforts, pouvait ne point offrir assez de résistance.
Tandis que la sculpture concevait son œuvre avec une si juste intelligence des besoins de Tarchitecture, larchitecte étudiait son portique en vue de la seule sculpture et faisait subir aux règles des modifications radicales. Il donna au stylobate une hauteur inaccoutumée et en fit un piédestal continu, qui plaçait les statues au-dessus du regard. C'était une convenance indiquée par la proportion humaine et l'impossibilité de rapprocher de tels supports. Comme si l'épaisse sandale tyrrhénienne n'eût pas suffi, une plinthe exhaussa chaque statue, pour qu'aucune partie n'en fût cachée par la corniche du stylobate. J'ai décrit plus haut le chapiteau qui fut inventé pour les Errhéphores. Son globe s'enfonce mollement dans leur épaisse chevelure qui amortit le poids de l'architrave ; sa forme sphérique se marie sans effort avec la tète humaine.
iVIais l'innovation la plus audacieuse fut assurément la suppression faite dans l'entablement. De peur ({u'il ne surchargeât trop ses charmants soutiens, on le fit sans frise, exemple unique dans l'architecture grecque, et au-dessus de l'architrave, on plaça immédiatement la corniche. Il n'y eut pas non plus de fronton ; mais une terrasse en pente douce couvrit la tribune , et quatre dalles encastrées dans le mur du Pandroséion formèrent de leurs deux faces le toit et le plafond. Les eaux s'échappaient par de petits trous ménagés derrière les grands oves de couronnement. Ces quatre dalles étaient déjà posées sous l'archontat
CH\PITRK XXII. 379
de Dioclès; mais le dessus n'était point terminé. Leur mesure est indiquée avec trop de précision par Tinscription pour qu'on hésite à les .reconnaître. Elles ont , en effet , treize pieds grecs de longueur, cinq de largeur.
Tandis que la prostasis méridionale était soutenue par des sculptures remarquables, autant par leur application savante que par feur beauté réelle, le reste du temple recevait sur sa frise une décoration d'un caractère tout différent.
L'Érechthéion est tout entier en marbre pentélique. Mais la frise qui court sur ses quatre côtés et sur la prostasis du nord est en marbre noir d'Eleusis. Sur cette frise étaient attachés des bas-reliefs en marbre de Paros. Longtemps on a ignoré l'existence de ces sculptures, indiquées cependant par les trous de scellement que l'on voit çà et là sur la pierre noire, indiquées aussi par l'inscription du Musée britannique, a Autour du temple, » dit le rapport de la commisson, « règne la frise en marbre d'Eleusis. On y a même attaché les personnages. »
Des fouilles récentes ont découvert autour de l'Erechthéion vingt-cinq fragments de petites figures de cinquante-cinq à soixante centimètres de proportion. Cette mesure correspond à la hauteur de la frise. Sculptées d'un côté en bas-relief, plates de l'autre, elles s'appliquaient sur le fond, et quelques-unes portent encore les traces des crampons qui servaient à les retenir. Vers le même temps, en i836, furent
880 L'ACROPOLK D'ATHÈNES.
trouvés les comptes de l'achèvement deTÉreclithëion. Ils confirment un fait déjà évident, du reste. <c Nous avons acheté, » disent les directeurs des travaux, tf deux talents de plomb pour fixer les petites figu- « res de la frise, chez Sostrate du bourg de Mélite : a lo drachmes. » Bien plus, ils désignent onze à douze morceaux, nomment les artistes qu'ils en ont chargés, indiquent le prix qu'ils en ont donné. Ces détails curieux méritent d'être transcrits en entier.
« Phjrromaque de Képhissia. — Le jeune homme « qui est auprès de la cuirasse 60 drachmes.
« Praxias de Mélite. — . . - et le personnage qu'on « voit par derrière qui le repousse i ao dr.
« Aniiphanes du Céramique. — Le char, le jeune « homme et les deux chevaux qui sont attelés au a char a4o dr.
« Phjrromaque de Képhissia. — L'homme qui con- (c duit un cheval 60 dr.
a Mynnion dAgryié. — Le cheval, l'homme qui le a frappe et la colonne qu'il a ajoutée plus tard, i aodr.
a Soclus ctAlopèce. — L'homme qui tient la « bride 60 dr.
<c Phjrromaque de Képhissia. L'homme qui se tient « auprès de l'autel, appuyé sur son bâton . . 60 dr.
a lasos de Colljrte. — La femme devant laquelle « la jeune fille est agenouillée 80 dr.
Trois groupes sont encore cités sur un autre fragment. Quelques mots tronqués parlent d'un jeune