CHAPITRE XXII
« trave intérieure, à raison de 5 oboles le pied. — i< ii3 pieds.
« Or acheté pour les conques. — i66 feuilles à « I drachme la feuille, chez Adonis, demeurant à « Mélite. »
Ces registres constatent la décoration des parties hautes du temple, mais seulement des parties hautes. Ils ne parlent point de peinture sur les colonnes et sur les murs de la cella. L'on peut dire, il est vrai, que l'inscription n'est point complète, et qu'il pouvait être question du bas du temple dans les tables perdues. Mais qui oserait l'affirmer? Ici, comme toujours, la polychromie absolue n'a pour elle que des suppositions ou des raisonnements esthétiques tout à fait particuliers au goût moderne, tandis que la polycliromie mixte a des preuves positives.
Consulte-t-on le monument lui-même , on arrive encore au même résultat. Il y a des traces de couleur sur les plafonds, où le dessin des oves et des méandres est visible, dans les caissons, sur les chapiteaux où le fond des volutes est bleu, tandis que les filets sont rouges, sur les chapiteaux des antes, sur les corniches. Mais les parties inférieures sont d'une entière blancheur.
Je ferai remarquer, en finissant, que l'or enlKiit en al>ondance dans la décoration de l'Érechthéion, appliqué, soit sur le marbre, soit sur des ornements mobiles en métal. N'est-ce pas sur un fond blanc et avec quelcjues lignes de couleurs vives, mais sobre-
ment distribuées, renseiiible le plus riche et le plus distingué, même selon nos idées ou plutôt selon réducation de nos sens?
L'histoire ne nous dit pas à quelle époque le nouveau temple fut construit. Nous savons seulement qu'en 409, la 21' année de la guerre du Péloponèse, il n'était pas encore achevé. Sa beauté l'a fait attribuer à Périclès, malgré le silence décisif de Plutarque, qui décrit longuement tous les travaux entrepris sous son administration. Mais cette beauté même est d'un caractère trop différent des chefs-d'œuvre de ce temps, pour qu'on puisse ainsi les confondre. Il faut aii moins quelques années pour passer d'une simple et grandiose manière à la délicatesse et au raffinement. Déjà le commencement de la guerre du Péloponèse me semble une époque bien rapprochée, quoiqu'une nouvelle génération et de nouvelles tendances eussent succédé aux vieux maîtres. Cependant on ne peut s'empêcher de reconnaître la nécessité d'une semblable supposition. Un temple qui n'a pas été commencé sous Périclès, et qui n'est pas encore achevé en 409, il faut bien placer sa construction dans l'espace intermédiaire.
Il y a là, néanmoins, une lacune manifeste dans l'histoire. Comment croire que le temple le plus révéré de l'Attique, le sanctuaire de toutes les origines religieuses et nationales, brûlé par Xerxès, détruit encore par Mardonius, qui ne laissa pas pierre sur pierre, soit resté un demi-siècle sans être relevé;