‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 20 sur 200 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

maine. Wheler ne manque pas de se ranger à son avis. Ce serait un long travail de relever les obscurités , les erreurs et l'érudition malheureuse qui remplissent leurs ouvrages. Mais on peut encore à travers la confusion de leurs descriptions démêler quelques détails intéressants sur l'état des monuments de l'Acropole à cette époque.

Ainsi y soit par la faute des hommes , soit par la faute du siècle, qui n'avait assurément ni le culte ni l'intelligence de l'art antique , on avait fait bien peu pour la science lorsque de nouvelles destructions vinrent diminuer encore le nombre des ruines.

Vers la fin de 1687, les Vénitiens, maîtres de la Morée, menaçaient Athènes. Les Turcs, résolus à se défendre vigoureusement, travaillaient à fortifier encore l'Acropole et à construire des batteries. C'est alors, vraisemblablement, qu'ils firent disparaître le temple de la Victoire , que Spon et Wheler avaient vu entier et qui n'existait plus après la guerre. Ils démolirent ce charmant temple*, couvrirent de terre les matériaux , et trouvèrent ainsi un bastion naturel sur lequel ils établirent une batterie de six pièces.

Pendant ce temps, les Vénitiens débarquaient au Pirée , et le comte de Kœnigsmarck, lieutenant de Morosini , venait établir ses mortiers sur les collines qui entourent à l'occident l'Acropole. Le 26 septembre le bombardement commença : on visait sur-

* Voy. Die Akropolis von Àfhen, p. 3.

38 L'ACROPOLE D'ATHEJNES.

tout le Parlliénon, qui de ce côté domine le plateau, et où les Turcs avaient enfermé leurs familles et ce qu'ils avaient de plus précieux. Les bombes ellesmêmes eussent fait peu de mal : mais une d'elles mit le feu à une grande quantité de poudre que les Turcs, y avaient entassée avec leur imprudence ordinaire.

Ce fut dans la soirée du 28 que le Partliénon sauta. Presque toute la cella et sa frise, huit colonnes du portique du nord , six du portique du midi avec leur entablement , furent renversées ; le vaste temple resta coupé comme en deux corps de ruine. Les Turcs épouvantés se rendirent dès le lendemain , et Morosini le Péloponésiaque entra en triomphateur dans TAcropole, pour continuer de sang-froid une destruction qui n'avait plus les nécessités de la guerre pour excuse*. Par son ordre, on enleva du fronton du Partliénon les chevaux et le char de Minerve , si admirablement conservés que les voyageurs les plus indifférents en parlaient avec enthousiasme. L'opération fut si malheureusement conduite, que tout le groupe tomba et se brisa sur le rocher. Les capitaines de Morosini suivirent cet exemple , et des fragments du Partliénon furent emportés jusqu'à Copenhague.

Six mois après, malgré les prières et les larmes des Grecs , les Vénitiens se retiraient d'Athènes pour n'y jamais rentrer. Une ville ruinée , les chefs-d'œu-

' On a trouvé œpendaot, dans les archives de Venise, un mémoire de Morosini qui essaye de justifier ses dévastations.

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