CHAPITRE III
vre de i art en partie anéantis , une population chrétienne enlevée à ses maîtres et abandonnée ensuite à leur vengeance, c'était un résultat glorieux! Qu'avaient fait de plus les barbares?
C'est ainsi qu'en vingt années à peine tous ces beaux monuments de Périclès, qu'avaient respectés tant de siècles, furent mutilés et déshonorés : les Propylées par l'explosion d'une poudrière , le Parthénon par une bombe, le temple de la Victoire pour faire place à une batterie. L'Érechthéion devait plus tard partager leur sort, et, pendant la guerre de l'Indépendance, le canon des Tiu*cs qui assiégeaient l'Acropole fit écrouler en partie le portique du nord. Depuis le dix-septième siècle jusqu'à l'aOranchissement de la Grèce , les édifices eux-mêmes sont restés à peu près dans le même état, excepté les Propylées, qui , au temps de Stuart et de Revett , n'avaient plus le fronton occidental et les chapiteaux ioniques que Spon et Wheler avjiient vus. Aujourd'hui ils ont perdu, en outre, une partie des chapiteaux doriques et des colonnes de cette façade que Revett a dessinée en 1764 pour la Société des Dilettanti.
Mais le goût pour les sculptures antiques , qui commença à se développer parmi les nations européennes , devait être pour l'Acropole une cause nouvelle de pertes et de dégradations. Le comte de Choiseul-Goufïier, ambassadeur à Constantinople, rapporta en France un morceau de la frise du Parthénon, un seul, et détaché depuis longtemps, puis-
qu'il appartenait au côté oriental entièrement ruiné depuis cent ans. Cet exemple , que lord Elgin déclare si haut' n'avoir fait que suivre , justifie-t-il l'acte de vandalisme qui a soulevé la réprobation universelle? Les Anglais eux-mêmes se sont indignés'; Byron et (Chateaubriand ont rendu immortelle la flétrissure infligée à son auteur. Plus de deux cents pieds de la frise et presque toutes les statues des frontons furent enlevées; les métopes furent arrachées de leurs coulisses, et le marteau fit voler en éclats les triglyphes et les corniches : on emporta en outre des fragments d architecture, tambours de colonnes , chapiteaux, entablement, corniche. Les Propylées fournirent aussi des échantillons; deux côtés de la frise du temple de la Victoire n'échappèrent point à un œil trop exercé. Le temple d'Érechthée fut pillé à son tour, et l'on enleva une des statues qui soutenaient le portique des Caryatides, au risque défaire écrouler le portique tout entier.
Le temps approchait où la Grèce , remise en possession d'elle-même , pourrait conserver et défendre ses monuments. Pendant la guerre de l'Indépendance, l'Acropole, où les Turcs et les Grecs s'assiégèrent tour à tour, avait eu encore à subir des désastres. C'était la dernière épreuve, et une
• Antiquités grecques j ou Notice el Mémoire des recherches faite» par le comte d'Elgin; publié à Londres en 1811. Traduit de Tanglais par M. B. de V. ; Bruxelles, 1820, p. 25.
* Dodwell, 1, p. 322.