CHAPITRE IV
rouge et le bleu dans toute leur vivacité : le bleu sur les mutules, le rouge sur les entre-mutules. Les triglyphes conservent aussi de la couleur bleue appliquée à nu sur la pierre.
Les architraves, proviennent d'un monument chorégique élevé l'an 3i6 avant J.-C. C'est ce que nous apprend l'inscription qu'elles portent gravée : tf . . . Le « fils d'Aristodème , de Xypété , a consacré ce mo- « nument ; il a remporté le prix dans le concours « d'enfants où il était chorége pour la tribu Cécro- « pide. Pantaléon de Sicyone a composé la mu- « sique; Elpénor, fds de Timothée, l'a exécutée; «c Néœchmus était archonte. »
La partie inférieure du mur est formée de morceaux moins importants. On y reconnaît cependant des piédestaux, et l'on y compte jusqu'à huit inscriptions ' . Ces matériaux sont en marbre blanc, ce qui fait mieux ressortir une bande de marbre noir d'Eleusis. La porte a trois mètres quatre-vingtsept centimètres de hauteur. Sa largeur est d'un mètre quatre-vingt-neuf centimètres à la base , d'un mètre soixante-treize centimètres au sommet ; car c'est une porte dorique, et chacun de ses côtés s'écarte de la perpendiculaire de huit centimètres. Le linteau et les deux chambranles sont formés d'un seul morceau de marbre. Ils ont été également enlevés à
* Toutes les ÎDfcriptiuos et les divers fragments trouvés dans mes fouilles ont été publiés dans la première édition de cet ouvrage, en deux volumes.
54 L'ACROPOLE D'ATHÊKES.
un autre monument, ainsi que 1 attestent des trous de scellement aujourd'hui sans objet.
Le seuil de la porte, le dallage sur lequel il repose, les trous carrés où les gonds s'engageaient, le conduit ménagé pour l'écoulement des eaux , tout s'est retrouvé : il y avait même encore , dans les trous des gonds, du plomb qui avait servi à les assujettir.
Si chaque fragment porte écrites son origine et son époque, il en est autrement du mur lui-même, qui n'offre ni style particulier, ni appareil caractéristique. Bien que relevé à la hâte, les divers fragments qui le composent sQnt placés avec un certain art. Les inscriptions enclavées dans le mur déclarent qu'il ne peut remonter plus haut que le premier siècle après J.-C. La méthode et le goût qui ont présidé à la disposition des matériaux empêchent de descendre plus bas que le troisième siècle. C'est dans cet intervalle qu'il faut consulter l'histoire.
On sait que , depuis Périclès , les murs d'Athènes ont été détruits plus d'une fois : par Lysandre, d'abord, qui joignit l'insulte au triomphe en appelant à cette triste cérémonie les joueuses de flûte ; par Sylla, qui fît renverser par les soldats romains les fortifications relevées par Conon. I^es historiens, il est vrai, n'indiquent point spécialement les murs de l'Acropole, mais ceux de toute la ville. Est-il croyable, toutefois, qu'un vainqueur ait démantelé la ville sans démanteler au moins l'entrée de la citadelle, et le seul côté par lequel elle fût accessible? Sylla, surtout,