‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 31 sur 200 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

temples anciens et comme les tours de Messène, leur socle en saillie, leur soubassement, dont la hauteur est le double de la hauteur des assises : sur le premier rang d'assises court une bande en creux qui le distingue du soubassement. Tous ces traits caractéristiques prouvent que les tours sont l'œuvre d'une belle époque. Lorsqu'au temps de Valérien on enleva les terrains, il fallut donc soutenir en sous-œuvre les tours que l'on exhaussait ainsi ;on jeta à la hâte des pierres et du mortier, et ce mur grossier fit descendre jusqu'au rocher le pied de chaque tour. On le revêtit de larges assises pour que l'appareil extérieur de la nouvelle construction ressemblât à l'appareil ancien. Mais la négligence du travail, l'état des matériaux, la forme des scellements trahissent la différence des temps.

On trouvera peut-être étrange cette interprétation d'un monument ancien, ce renversement, pour ainsi dire, des lois ordinaires de la construction ; la partie supérieure plus ancienne , la partie inférieure, celle qui supporte l'autre, plus moderne! Cependant il arrive fréquemment, de nos jours, qu'on reprend un édifice en sous-œuvre*, ou qu'on en refait les fondations. C'est une opération fort élémentaire, qui

« A une séance de rAcadémie des Inscriptions cl Belles-Lettres, M. Lenormant signalait un fait analogue. Une des tours de Bourges est rœuvre de deux époques différentes. Cest la partie supérieure qui est d'époque romaine, tandis que la partie inférieure a été refaite au moyeu âge.

ne demande à larcliitecte que des précautions et de la surveillance. Si Ton soutient ainsi des palais et des constructions considérables, est-il plus difficile de soutenir des tours rasées à dix pieds au-dessus du sol et dont les murs n'ont que deux pieds d'épaisseur?

Lorsqu'on eut emporté les terres et abaissé la pente pour élever les tours, il fallut naturellement placer au-dessous du niveau antique le bas du mur en marbre et le seuil de la porte ; autrement il devenait impossible d'arriver jusqu'à l'entrée. La façade et la porte ainsi abaissées, la difficulté n'était que reculée ; car le premier palier de l'escalier se trouvait exhaussé d'autant, et l'abord en devenait impossible, puisqu'il butait contre la nouvelle porte à cinq pieds au-dessus du seuil. Comme on ne pouvait déranger l'économie entière de l'escalier, on tailla dans le palier une brèche en face de l'entrée, on abaissa encore le sol , et on entassa dans ce petit espace sept marches roides et étroites. Elles commencent même si près de l'entrée, qu'il a fallu pratiquer dans la marche du bas deux échancrures demi-circulaires, afin que les battants pussent se développer librement.

Si l'on se place sur le seuil de la porte de l'Acropole, et si l'on regarde les Propylées , on est frappé d'un certain défaut de perspective. La pente monte trop vite, et son prolongement coupe les cinq portes du monument, qui devraient, au contraire, apparaître dans toute leur majesté. Il en est tout autre-

Page 1