CHAPITRE Vil
fronton n'étaient pas attribués aux seuls temples , mais aussi bien aux édifices civils, basiliques , portiques , théâtres, tombeaux, maisons mêmes. La meilleure preuve que les Athéniens n attacliai^nt aucune idée religieuse aux Propylées, c'est que l'enceinte du Marché neuf en avait, avec les colonnes doriques, le fronton et tous les dehors d'un temple, si bien que le colonel Leake ■ croit devoir établir par une discussion qu'ils n'appartenaient pas à un édifice sacré. En effet, sur la porte même , fut gravé un édit de l'empereur Adrien qui taxait le sel et l'huile. Le caractère d'un monument eôt arrêté dans l'imagination populaire par la tradition et surtout par l'habitude. Il est si vrai que c'est souvent une affaire de convention, que le temple grec, qui parlait à la piété des anciens, est destiné souvent par les modernes, quand ils en construisent, à des usages profanes. Comment eût-on entouré d'un respect religieux un monument qui précédait indifféremment un temple, une enceinte fortifiée, une place publique, un marché? Périclès avait voulu que les Propylées de l'Acropole fussent dignes de la déesse protectrice d'Athènes, et en harmonie avec les magnifiques édifices auxquels ils conduisaient. Mais ce n'est pas l'intention d'un homme d'État qui donne aux marbres et aux lignes une expression que Tart et la tradition générale ne leur ont pas donnée. Il y
« Leake, Topogr, ofAth,^ p. an et suîv.
met la richesse , ses artistes la beauté : niais cette Âme y dont parle Plutarque, c'est notre imagination qui la crée.
Les Propylées étaient-ils un ouvrage de défense et furènt-ils destinés à remplacer les fortifications que les Perses avaient détruites? Telle est la seconde ({uestion que le colonnel Leake et après lui M. Burnouf ont résolue d'une manière affirmative. Je soutiendrai cependant l'opinion contraire, et je crois avoir pour moi l'autorité de M. Raoul-Rochette*.
C'est par l'étude des lieux qu'il faut commencer; les faits et les considérations générales auront ensuite leur tour. Les découvertes nouvelles me dispenseraient presque de réfuter une opinion qui tombera d'elle-même, car elle repose sur l'ancien système qui plaçait la grande , la seule entrée de l'Acropole au sud , au-dessous du bastion qui supporte le temple de la Victoire sans ailes. Toutefois, on peut dire que, la première enceinte forcée , les Propylées devenaient les fortifications les plus sûres et la véritable clôture de l'Acropole. Puisqu'il s'agit ici surtout de bien établir le caractère du monument, je me mets sur le terrain choisi par M. Leake et M. Burnouf.
« Comme l'Acropole est escarpée de toutes parts, »
■ M. Raoul-Rochettc louant la sagacité de Leake, ajoute : « Sans « qu'il résulte pourtant à nos yeux, de toute cette ingénieuse discussion» • la conviction que les Propylées aient jamais été, dans le fait « comme dans le principe, un ouvrage d'architecture militaire. •> {Journal des Savants ^ juin i85o, p. 3/|0.)