‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 55 sur 200 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

Mais si les Propylées n'étaient pas un ouvrage de défense , dira-t-on , comment était fermée à l'ennemi l'entrée de l'Acropole? Par des murs, c'est maintenant un fait acquis, et par des murs propres à soutenir un long siège. Je rappellerai la prise de l'Acropole par Sylla , ou plutôt par son lieutenant Curion. Le tyran Aristion s'y défendit longtemps, dit Plutarque, et le manque d'eau, seul , le força à se rendre. Certes, ce n'étaient pas les Propylées qui pouvaient soutenir un blocus. S'il n'y avait pas eu d'autres fortifications construites selon les règles, comment expliquera-t-on l'histoire et ce tyran qui, avec ses mercenaires, tient en échec la puissance romaine?

Ainsi, les Propylées n'avaient aucun caractère militaire. Ni le style de leur architecture, ni leurs avantages stratégiques, ni l'emploi ordinaire des édifices du même genre, ni l'histoire, ni l'autorité d'un seul écrivain ancien, ne justifient, je le crois du moins, une telle opinion.

C'était un monument de décoration, rien de plus, mais de magnifique décoration, où l'artiste, sans autres entraves que les exigences du terrain, avait pu se livrer entièrement à ses inspirations. Le temps, les millions, les matériaux les plus choisis, les ouvriers les plus habiles, il eut tout à discrétion. Une telle fortune seconde si merveilleusement le talent, qu'elle a l'air de le faire naître. Les modernes, quoi qu'on en dise, savent, tout aussi gêné-

reiisement que les anciens, élever à grands frais ces édifices, en apparence inutiles, qui font l'ornement et la gloire d'une grande ville. Mais peut-être n'y mettent-ils pas cette passion que mettaient les Athéniens à décorer leur Acropole. C'était pour eux comme une patrie plus chère au sein de leur patrie, la ville de Cécrops et d'Érechthée , le berceau de leur puissance, le sanctuaire de leur religion. Us voulaient que ce fut le plus beau lieu du monde, ce rocher, que les dieux s'étaient disputé et qui avait vu grandir un peuple. Quand la Grèce tributaire y portait ses trésors, ils le montraient avec orgueil, décoré de chefs-d'œuvre que la Grèce était condamnée à leur envier éternellement. Non, quand Épaminondas voulait transporter les Propylées sur la Cadmée, ce n'était point pour la rendre inaccessible. Mais il sentait quel ornement c'était pour la ville qui les possédait , quelle gloire pour le peuple qui les avait construits.

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