CHAPITRE VllI
On ne peut s'empêcher d*être frappé , tout d'abord, de la blancheur parfaite des murailles. Le plus minutieux examen ne découvre aucune trace de couleur. Pour moi, je n'ai trouvé qu'un petit point d'un bleu suspect, qui parait une tache ou un grain du marbre. Comment se fait-il, lorsqu'on voit sur les monuments d'Athènes de si nombreux restes de couleur, qu'on n'en remarque point sur des surfaces qu'on prétend avoir été peintes entièrement. Elles auraient dû être peintes avec plus de soin encore, puisqu'il ne s'agissait plus d'une simple <lécoration qu'on pouvait facilement renouveler, mais de chefs-d'œuvre que les artistes eux-mêmes s'efforçaient de rendre impérissables?
Dira-t-on qu'en servant à des usages modernes, cet édifice a été exposé à des altérations plus rapides, que la chaux dont on a enduit les murs a rongé les couleurs, que les ducs d'Athènes ont peut-être fait détruire les peintures, pour y substituer les peintures byzantines dont on voit encore au deuxième étage quelques fragments? Mais le Parthénon a été converti en église, puis en mosquée, et couvert de peintures modernes ; mais les Propylées servaient de logement à l'aga turc ; mais le temple de Minerve Poliade était devenu un harem. Malgré le badigeon à la chaux dont les couvraient les Turcs, malgré le feu qui les noircissait, malgré les explosions, ils ont gardé des traces de couleur. Bien plus, il en est resté dans la Pinacothèque même , sur les chapiteaux des
pilastres qui encadrent les fenêtres. On y voit, par places , du bleu et surtout du vert en abondance.
On répondra encore qu'un enduit adhère plus longtemps sur des ornements gravés , et surtout dans les creux que les saillies protègent; tandis que, sur de grandes surfaces planes, toute la couche est comme solidaire; il suffit d'une petite brèche, pour que, de proche en proche, tout s'écaille et se détache. Si, dans les temps modernes, les fresques s'altèrent rapidement; si, dans quelques centaines d'années , on est exposé à chercher en vain les peintures d'Orcagna au Campo-Santo de Pise, celles de Cimabuë et Giotto à Assise, et peut-être le Jugement dernier de Michel- Ange, — faut-il s'étonner qu'après vingt-trois siècles , les peintures de Polygnote aient disparu d'un lieu qui n'a pas souffert seulement les injures du temps, mais celles des hommes?
Ces raisons ne seraient pas sans valeur, si elles ne pouvaient s'appliquer à toute espèce de muraille antique qui n'a pas été peinte. Aussi l'absence complète de couleur sera-t-elle toujours une présomption en faveur du système qui nie qu'il y en ait jamais eu.
Des difficultés plus sérieuses sont inhérentes à la construction même , car le mur est taillé à la gradine et simplement dégrossi ; non-seulement il n'y reste aucune trace de stuc , mais une telle surface est impropre à le recevoir. D'ailleurs la surface des murs offre la même saillie que les pilastres et les moulures.