‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 58 sur 200 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Une petite bande en creux, qui les encadre, sert seule de séparation. Comme il n'est pas naturel que la muraille d'un édifice ait la même épaisseur que les membres d'architecture il faut en conclure que les parois ne sont pas dégrossies et qu'elles devaient être abattues au niveau de la bande courante. Enfin les jointures des pierres ne sont même pas effacées. Avant de poser la pierre sur l'assise déjà établie , on en taillait les bords, non pas à angle droit, mais à angle obtus, de peur qu'en la déposant un accident n'en détachât quelque éclat. Plus tard, la partie obtuse devait être abattue au ciseau, et, la surface du mur étant polie, les joints disparaissaient. Ces différentes observations, dont la dernière me parait surtout décisive , enlèvent toute vraisemblance aux peintures sur mur. Pour moi, je ne puis me persuader que Mnésiclès ait disposé cette aile dés Propylées avec la pensée d'en faire une galerie. Les conditions d'éclairage s'y opposent. Les deux petites fenêtres ne laissent point entrer assez de lumière pour éclairer comme il convient des tableaux , surtout précédées , comme elles le sont, d'un portique couvert. On suppose naturellement une ouverture ménagée dans le plafond, et le jour venant d'en haut : mais alors, pourquoi percer des fenêtres ? Pourquoi ces lumières contrariées dont le jeu est si défavorable à dès œuvres d'art? Ce ne serait qu'après coup , et pour des raisons inconnues, qu'on aurait rassemblé dans cette salle un certain nombre de tableaux. Je renvoie, du reste, pour la

discussion de ces questions et de toutes celles qui s y rattachent 9 aux Lettres archéologiques de M. Raoul- Rochette.

Il y avait donc dans la Pinacothèque des peintures remarquables, puisqu'un critique alexandrin en avait fait le sujet d'un traité spécial. Plus tard , au siècle d'Adrien , le temps avait tellement dégradé une partie d'entre elles, qu'on n'en pouvait plus rien distinguer. Pausanias cite celles qui avaient moins souffert. La plupart représentaient des actions héroïques ou touchantes, immortalisées par la poésie : les peintres s'étaient inspirés d'Homère et des grands tragiques.

Ainsi, l'on voyait Diomède et Ulysse, ces compagnons inséparables, toujours prêt^^aux aventures et aux exploits les plus hardis. L'un venait de saisir les flèches de Philoctète, l'autre emportait d'Ilion le Palladium. Un autre couple non moins célèbre servait de pendant à ces deux héros : c'était Oreste tuant Egisthe , et Pylade tuant les fils de Nauplius qui veulent secourir Égisthe. Ce qu'Eschyle et Sophocle ne pouvaient mettre sur la scène, la peinture plus audacieuse le représentait aux regards : le tableau complétait le drame.

Euripide , à son tour, avait servi de modèle à Tartiste. Qui ne se rappelle le sacrifice de Polyxène et ce récit dont l'émouvante simplicité n'a jamais pu être rendue par le pinceau ?

Le fils d'Achille a tiré du fourreau le couteau doré;

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par Tordre d*Agamemnon, on laisse libre la jeune vierge, qui veut descendre parmi les morts , non pas en esclave , mais en reine. « Elle a entendu cette pa- <K rôle de ses maîtres. Prenant ses voiles au-dessus a de répaule, elle les déchire jusqu'au milieu des a flancs : elle découvre sa poitrine et ses seins, « beaux comme ceux d'une statue. Puis , posant le « genou à terre : — Voici ma poitrine , jeune guer- « rier, si c'est là que tu désires frapper. Si c'est à la (c gorge, la voici prête et tournée comme il le faut, a — Mais lui , ému de pitié , ne veut pas la frapper a et le veut. . . »

C'est cette terrible suspension qu'avait choisie le peintre. On voyait Polyxène près du tombeau d'Achille, au moment où elle allait être immolée, a Hoa mère a bien fait, » dit Pausanias, « de passer sous « silence cette scène cruelle! » Cette réflexion est d'une âme sensible : mais qu'en pensent les poètes et les artistes?

Parmi ces tableaux dont Pausanias ne nomme point les auteurs , il y en avait deux de Polygnote. L'un représentait Achille à Scyros, parmi les fdles de Lycomède. Le même sujet a été retrouvé à Pompéi, avec les caractères d'une copie ; malgré une exécution médiocre, un coloris faux et désagréable, qui sont du copiste , la composition et le dessin sont d'une grande beauté.

La trompette guerrière a retenti ; le bruit des armes s'est fait entendre. Achille s'est précipité sur l'épée

et le bouclier qu'Ulysse a cachés parmi les parures. Déjà il descend les degrés du palais; ses yeux cherchent l'ennemi ; ses vêtements en désordre ne dissimulent plus ses formes mâles et vigoureuses. En vain le sage Phœnix cherche à le retenir, Ulysse la déjà saisi par le bras et Tentraine. Déidamie , qui essayait les présents d'Ulysse, accourt elTrayée, presque nue, sur le seuil du palais. Dans le fond, Lycomède et ses gardes, sous le portique orné de guirlandes. Il y a dans cette scène un mouvement, un feu surprenants : c'est une des belles compositions de Pompéi.

Je n'entends nullement dire que ce pourrait être une copie de Polygnote. Je n'ai pensé qu'à faire un simple rapprochement , pour indiquer comment la peinture ancienne comprenait le sujet qu'il a traité. Pausanias ne parle ni d'Ulysse ni de sa ruse. Un mot de sa phrase indique même que Polygnote n'avait pas représenté Déidamie seule , mais toutes ses sœurs. Car il aimait à peindre les femmes avec des vêtements éclatants, à orner leur tête de coiffures aux couleurs variées. Le premier, il s'était essayé dans ce genre ; le succès qu'il y obtint l'engageait , comme il arrive aux artistes, à rechercher les sujets qui se prêtaient le mieux au caractère particulier de son talent. Les filles d'un roi, leurs brillantes parures qu'elles essayent peut-être, en se jouant, au fils de Thétis, voilà une ample matière pour un pinceau délicat et fleuri.

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