‹ L'Acropole d'AthènesChapitre 62 sur 200 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

aussi bien que nous, raffiner sur les questions d'art, de même il ne faudrait pas juger le temple de la Victoire sur des apparences qui ne sont qu'un jeu de hasard. Quand la colonne était intacte, avec la suite de ses cannelures et toute la pureté de ses lignes, elle devait avoir un caractère différent, plus voisin de la fermeté que d'une mollesse efféminée. La proportion entre son diamètre et sa hauteur dépasse de peu la proportion de certaines colonnes doriques , des colonnes du temple de Némée, par exemple. A peine pourrait-on critiquer les deux piliers qui divisent le côté ouvert de la cella : ils sont minces et paraissent grêles. Mais larchitrave qu'ils portent est assez légère pour qu'ils soient moins une nécessité de construction qu'un ornement, qui encadre l'entrée à droite et à gauche. Masqués, du reste, par les colonnes du portique , ils ne peuvent être vus que de côté, et leurs côtés, précisément, ont beaucoup plus de largeur.

La comparaison de Tordre ionique et de l'ordre dorique conduit les modernes à des théories extrêmes, que les Grecs n'autorisent pas toujours. A l'un seulement, nous reconnaissons la majesté et la force; à l'autre, nous n'accordons que l'élégance , et nous transportons en architecture comme une distinction de sexes.

Si le dorique est plus sévère, l'on a vu, par le vestibule des Propylées, que l'ionique savait, auprès dé hii, se dépouiller de sa richesse et se faire

simple. Non-seulement il affecte la même simplicité dans le temple de la Victoire, mais il offre avec Tordre intérieur des Propylées la ressemblance la plus complète. Le chapiteau est le même , les ornements sont exactement répétés , et répétés à la même place. Le principe de décoration est le même , c'està-dire que les ornements , au lieu d'être sculptés en relief, comme sur le temple de Minerve Poliade, sont dessinés au trait et nécessairement peints. Les couleurs ne sont plus reconnaissables, il est vrai; mais on remarque sur les contours , ainsi délimités, une couche particulière. On conserve même dans le petit Musée de TAcropole un fragment curieux de la cymaise : le marbre a été rongé par l'air de la mer, ainsi qu'il arrive aux parties tournées vers le sud ; mais les palmettes, protégées évidemment par un enduit, n'ont pas été attaquées; de sorte qu'elles se détachent par une légère saillie, que l'on ne saurait toutefois confondre avec l'œuvre du ciseau. J'ai observé un accident analogue sur un fragment trouvé parmi les ruines de Sélinonte, qui sont exposées également à l'action corrosive du vent d'Afrique.

Dans le petit sanctuaire fermé par ses grilles était la statue de la Victoire sans ailes , tenant dans sa main droite une grenade , dans sa main gauche un casque. C'était une statue très-ancienne, en bois, comme la plupart de celles qui remontaient aux premiers temps de l'art. Le sculpteur Calamis, que l'on croit contemporain de Phidias, l'avait imitée à Olympie.

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Quand les Tégéates voulurent placer une Victoire auprès de la statue de Minerve, il la représenta sans ailes, « copiant », dit Pausanias, « la statue de bois oc qui se trouve à Athènes. »

Dans son voyage en Laconie, Pausanias explique aussi pourquoi les Athéniens avaient 6té les ailes à cette déesse : « Il y a à Sparte, » dit-il, « un Mars « avec des fers aux pieds, statue très-ancienne ^ qui a ce été élevée dans la même intention que la Victoire ce sans ailes des Athéniens. Les Spartiates pensent « que Mars ne les quittera jamais, puisqu'il est en- <K chaîné; les Athéniens, que la Victoire restera a toujours parmi eux, puisqu'elle n'a plus d'ailes. » J'aime mieux cette explication que celle qu'a inventée Wheler * et qu'on a répétée souvent sur sa foi : « Le temple s'élevait à la place même d'où se « précipita Egée, lorsque son fils, vainqueur du a Minotaure, oublia de changer ses voiles. Cette a victoire s'appelle sans ailes^ parce que le bruit a n'en vint pas à Athènes avant que Thésée l'apte portât lui-même. »

Il serait curieux de voir la même idée chez deux peuples rivaux, et chacun d'eux montrant, par la manière dont ill'exprime, son caractère naturel. Lçs Spartiates, plus violents, chbisissent l'impétueux Mars et l'enchaînent. Les Athéniens, plus politiques, préfèrent une jeune déesse et veulent la fixer dans leur

' 1703, tnidacUondekHaye,pag. ivj.

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ville par la ruse. Mais je crains que Pausanias aussi n'ait inventé cette explication. C'était tin rapprochement naturel devant le Mars lacédémonien ; mab, loin d'Athènes , on a droit de croire plutôt à un jeu de ton imagination qu*à son exact souvenir.

Pour les Athéniens, on le voit par les auteurs , la déesse de la Victoire, c'était Minerve. Ils lui avaient consacré, sous ce nom, le petit temple dont il est question. La Victoire est un être allégorique, créé plutôt par la poésie et l'art que par la religion. Aristophane chante les ailes d'or de la Victoire. Phidias la met dans la main de sa Minerve et de son Jupiter. Les Béotiens la représentent sur leurs monnaies. Mais le paganisme lui-même ne confondait point la personnification d'un fait avec la cause première de ce fait. Une femme ailée représentait par ime image sensible cette idée abstraite que nous nommons victoire. On ne croyait point qu'elle se donnât elle-même et décidât des destinées des peuples. Les grands dieux la tenaient dans leur main comme un de leurs attributs; eux seuls en disposaient à leur gré. C'étaient Jupiter, Mars, Minerve, que les mortels imploraient dans le danger. La Victoire, ailée ou sans ailes, n'était que le symbole du fait accompli.

En Attique , le dogme était plus précis encore. Minerve était la Victoire même : ce n'était pas un surnom, c'était son nom; on ne disait pas Minerve victorieuse, mais, parla réunion énergique de deux

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