CHAPITRE IX
ture plus de simplicité que dans les précédentes; un goût sévère lui donnera peut-être la préférence.
Je ne décris point les fragments plus petits qu'on H trouvés encore, des ailes , des membres nus ou drapés, des ornements : ici, une épaule percée de trous réguliers pour recevoir un ajustement de métal ; là, les pieds croisés d'une femme assise, ou bien un autre pied qui s'est posé sur un rocher (l'Acropole ? ) ; plus loin, un sein sur lequel des bandelettes croisées serrent la tunique, comme dans les statues de Diane. Partout de l'art, de la variété, de la délicatesse, mais partout aussi la plus complète obscurité. Ces Victoires qui s'envolent, arrivent, se posent sur l'Acropole , délient leurs sandales , sont levées , sont assises, tendent des couronnes, représentent-elles un seul mythe, une seule action? Ou bien accourent-elles des différents points du monde et viennent-elles se ranger autour de la grande Victoire, de Minerve, dont elles sont les messagères? Quand le peuple athénien monte l'escalier des Propylées, lui disent-elles par leur pose allégorique, par des inscriptions, ou parla seule force de la tradition : a Je suis Marathon, je suis Salamine, « je suis l'Eurymédon ; je viens de Tlirace, je viens « de Lesbos, je viens de Sphactérie. *> Flatteurs muets, que l'on imitait moins éloquemment à la trî- Inme de Pnyx.
Que cette balustrade soit postérieure au temple lui-même, c'est ce dont on se convaincra facilement, en comparant ses sculptures avec celles de la frise ;
N4 L'ACROPOLK D'ATHÈiNES.
non-seulement le style, mais le principe même en est tout diflereilt. Autant que nous pouvons nous faire une idée des époques de Tait grec et de la manière de ses grandes écoles, les Victoires sont plus près du siècle de Lysippe que du siècle de Phidias. Aussi l'opinion de M. Ross n a-t-elle rien d'invraisemblable. Il croit que cette décoration fut ajoutée par l'orateur Lycurgue , ce grand administrateur qui s'était proposé Périclès comme modèle, qui amassa dans le trésor public six mille cinq cents talents de plus que lui, et enrichit Athènes de monuments et d'oeuvres d'art de toute sorte.
Il est également impossible de déterminer avec certitude l'époque à laquelle le temple de la Victoire a été construit. On sait que son emplacement était consacré par une antique tradition : « La mer, » dit Pausanias, « se découvre de cet endroit, et c'est de « là qu'Egée se précipita, lorsqu'il aperçut les voiles « noires du vaisseau qui revenait de Crète, » D'autre part, la statue de la Victoire était en bois, c'est-à-dire fort ancienne, comme toutes les statues de ce genre; les auteurs manquent rarement à nous en avertir. En conclure qu'il y a eu un temple avant les guerres médiques, que ce temple a été détruit par Xerxès, et en voir les restes dans quelques fragments d'ordre ionique trouvés au-dessous des Propylées, c'est ce que chacun est libre de faire, suivant sa fantaisie; mais cela jetterait peu de lumière sur l'origine du monument actueL