CHAPITRE IX
Les observations suivantes, au contraire, disposent à le croire antérieur à la construction des Propylées : I** Le silence de Plutarque, qui énumère et loue si longuement les travaux de Périclès ;
2® La situation de la terrasse qui supporte le temple ; elle est unie au mur d'enceinte, dont un de ses côtés n'est que le prolongement : c'est le mur qui regarde le midi, et qui fut construit par Qmon ;
3" Les traces de remaniement qu'offre cette terrasse, au-dessous de l'escalier des Propylées : on dirait qu'on l'a taillée et réduite pour l'amener à l'alignement général, et que d'un rectangle on en a fait un trapèze; les assises du bas, en effet, par leurs saillies inégales et leur rudesse, ressemblent singulièrement à l'intérieur d'un massif de maçonnerie qu'on aurait mis à découvert ;
4® L'affleurement des degrés du temple au nord et à l'est avec les bords de la plate-forme , tandis que du côté opposé il reste un espace libre. Il y a là quelque chose d'étroit, de gêné : on semble avoir réiluit la terrasse jusqu'à la dernière limite, pour la faire rentrer dans le plan général ;
5* La disposition du petit temple , qui se présente obliquement sur la façade des Propylées. Tout en l'ouvrant vers l'orient, on eût pu le tourner un peu plus vers le nord et le rendre perpendiculaire au grand édifice qu'il précédait. L'orientation des temples n'était pas déterminée par des procédés très-rigoureux. Le Partliénon en fournit la preuve; car son
axe fait avec Test un angle plus écarté que Taxe du temple de la Victoire , et celui-ci s'en écarte déjà lui-même. Ou l'architecte des Propylées a cherché cette irrégularité, ou le monument était plus anciennement construit ;
6" L'inégale largeur des deux ailes des Ihropylées , qui semblerait s'accommoder aux exigences de constructions antérieures, c'est-à-dire du temple et de sa plate-forme ;
7^ Une statue d'Alcamène, qui était placée auprès du temple de la Victoire : c*était une Hécate à trois corps qu'on appelait V Hécate de la Terrasse. Alcamène était contemporain de Phidias.
Toutes ces remarques prises isolément, n'ont qu'une faible portée; réunies, elles se fortifient l'une par Tautre et concourent à former, non pas une preuve, mais une probabilité.
Du moment qu'on ne peut attribuer un monument à Périclès, on se reporte naturellement au temps de Qmon. Lui aussi avait la passion des arts; lui aussi embellit Athènes de temples , de portiques , de jardins ; seulement il ne les payait pas avec l'argent des aUiés, mais avec les dépouilles des Perses. C'est Cimon qui a donné l'impulsion à ce grand siècle que remplit injustement un seul nom. Précisément il fit construire la muraille qui regarde le midi , et l'on sait par un écrivain latin ' qu'il ne fortifia pas seule-
' • Hîs ex manubiib Atlienamin arz, qua ad mcridiem vergtt , e^t • ornata, > ( Corn. Nép., Cimon, 2.)