CHAPITRE XI
Immédiatement après le temple de Diane , Pausanias cite le cheval Durieriy colosse en bronze fait à rimitation du cheval de Troie. On voyait même sortir de ses flancs Teucer, Ménesthée et les deux fils de Thésée. En choisissant ces héros , les artistes avaient plutôt songé à flatter Torgueil athénien qu'à suivre fidèlement le récit des poètes. Le piédestal du colosse existe encore et à peu de distance, en effet, du temple de Diane. Deux des grands blocs de marbre pentélique qui le composaient sont restés; par un heureux hasard , ce sont ceux précisément sur lesquels l'inscription est gravée. Elle est ainsi conçue : « Chérécc dème, fils d'Évangélus de Gslé, m'a consacré. » On y lit, de plus, la signature du sculpteur, qui s'appelait Strongjrlion. On citait de lui, dans l'antiquité, une Amazone dont les jambes étaient si belles qu'on l'avait nommée Eucnémon. Néron la faisait porter à sa suite dans ses voyages.
« Les statues qui suivent le cheval Durien , » dit Pausanias , « sont celles d'Épicharinus , vainqueur à a la course armée : elle est de Gritias. » — Ou plutôt de Critios et de Nésiotèsy pouvons-nous ajouter ; car le piédestal d'Épicharinus existe encore, et on y lit le nom de ce dernier sculpteur, que nous rencontrons pour la troisième fois dans l'Acropole. Auprès de ces statues étaient encore celles d'Hermolycus le Pancratiaste (qu'il ne faut pas confondre avec le fils de Diitréphès) et de Phormion, bon général, qui, avant de conduire les Athéniens à la guerre, exigeait
qu'ils payassent ses dettes ^ et ils les payaient.
Il y avait quelque part dans TAcropôle un bélier gigantesque qui prétait aux plaisanteries des poètes comiques. Comme Platon le compare au cheval Durien, ces deux colosses n'étaient -ils pas dans le même lieu ? Tout l'espace qui entoure le clieval Durien esl couvert d'énormes fragments des Propylées lancés au loin par l'explosion , de piédestaux où se voient encore les empreintes des pieds et le bronze du scellement, de morceaux de marbre qui n'ont plus de forme ni de nom. On remarquera cependant des demi-colonnes en marbre de l'Hymette , sans canne^ lures , d'une dimension assez forte et qui servaient de base à quelque offrande.
A droite, près de l'angle rentrant des Propylées et contre le mur pélasgique, on voit une statue sans piédestal et hors de place qu'on a simplement redressée. Elle est en marbre de Paros et représente une femme debout, plus grande que nature, contre laquelle se presse un enfant nu. La tête et les bras de la femme sont brisés; mais il est facile de reconnaître que le bras droit, allongé le long du corps retenait l'enfant, tandis que le bras gauche, replié sur luimême, disposait, par un geste familier aux matrones romaines, les plis du voile qui couvrait la tête. Le bas de ce voile tombait sur les épaules : c'est ce qui en indique l'existence, bien que la tête ait disparu. Le mérite de cette sculpture est très-contestable. Malgré une certaine largeur dans la chute de la tu-