CHAPITRE XII
aux statues et à leur piédestal. Toutes ces assises formaient jadis un ensemble assez considérable et une vaste base sur laquelle s'élevaient les statues d'une famille entière, famille obscure s'il en fut, mais qui mit une singidière persistance à immortaliser son nom. Trois et quatre générations figurent à la suite les unes des autres. Maris et neveux s'empressent à l'envi d'élever des statues à leurs femmes et à leurs mères. On dirait, à voir l'aïeule, la fille et la petite-fille réunies dans l'enceinte de Minerve £rgané, que les vertus qu'elle inspire aux femmes devenaient héréditaires dans la famille de Lysippe, deTimostrata etd'Aristomaché. I^s statues de Myron et de Pasiclès, père de Timostrata, figuraient auprès de ces trois femmes. Le grand piédestal en attendait d'autres. Mais des malheurs publics ou domestiques, la mort, peut-être, qui éteint les familles au faite de leur prospérité, ne permirent pas que le monument fût jamais complété. C'étaient apurement de riches particuliers que ceux qui employaient des artistes comme Léocharès et Sthennis, Léocharès surtout, le rival de Scopas et de Bryaxis, avec lesquels il sculptait la frise du tombeau de Mausole, l'auteur du Jupiter Tonnant que l'on admirait plus tard au Capitole , de l'Apollon au diadème, du Ganymède dont nous avons peut-être une copie au Vatican.
Pline le place vers la cent deuxième olympiade , ce qui s'accorde très-bien avec le caractère des inscriptions. Quant à Sthennis, dont le Jupiter, laCérès,
la Minerve, décoraient k Rome le temple de la Concorde, il était beaucoup plus jeune que Léocharès, puisque Pline le classe douze olympiades après lui. Il cite, parmi ses ouvrages , des femmes qui pleurent, qui prient, qui ofTrent des sacrifices. Ne serait-ce pas la famille de Pasiclès et de Myron, qui fut emportée à Rome dès le règne des premiers empereurs, comme k plupart des statues de l'Acropole qui n'avaient point un caractère religieux? La preuve de ce fait est écrite sur leurs piédestaux qui ont été retournés pour recevoir de nouvelles inscriptions et porter des statues romaines : ici César Auguste, là Germanicus César, plus loin l'empereur Trajan, puis Adrien.
On a dit quelquefois que les Romains, conformément à leur habitude, avaient changé simplement les inscriptions et les têtes des anciennes statues. Rien ne prouve, parmi les sculptures qui restent en Grèce, qu'ils aient fait à Athènes ce qu'ils ont fait à Rome. Nous savons, au con* traire, de source certaine que Néron fit enlever une grande quantité de statues pour orner la Maison dorée. Leurs piédestaux restèrent ; il était naturel de les utiliser. Aussi ne puis-je m'empécher, partout où je vois une place vide et un nom changé, de reconnaître la main de Sécundus Carinas et de suivre par la pensée les statues des maîtres athéniens dans le palais de Néron, dans les Thermes, dans les monuments romains qui s'enrichirent des dépouilles d'Athènes. Qui sait combien de statues figurent aujour-