CHAPITRE XIII
Différentes découvertes qu'on a faites , il y a peu d'années, permettent de suppléer au silence de Pausanias sur la décoration de la moitié de la route. En enlevant les terres qui couvraient le rocher, on a retrouvé de nombreux fragments sans nom et quelques piédestaux. Déjà déplacés , il a fallu les déplacer encore et les grouper çà et là pour dégager le passage. Il est donc indifférent de les citer dans un ordre plutôt que dans un autre. Je commence par les plus anciens.
Une des premières offrandes qui aient été consacrées à Minerve est vraisemblablement celle dont il ne reste que deux mots de la dédicace. Non-seulement les lettres sont d'une forme archaïque , mais l'inscription est gravée de droite à gauche. On distinguait dans le creux des lettres des traces de couleur rouge. C'est ainsi que, dans les galeries du Vatican , on a peint en rouge les inscriptions antiques pour qu'elles fussent lues plus aisément.
A l'est des Propylées , il y avait une statue du sculpteur Léocharès , que nous retrouvons aussi souvent que Nésiotès. Mais cette fois l'histoire de l'art ne peut rien ajouter à la liste de ses ouvrages , puisque son nom est le seul mot de l'inscription qui ait été épargné.
Était-ce par flatterie , était-ce par reconnaissance pour les magnifiques envois de blé qui leur arrivaient de Thrace , que les Athéniens avaient élevé une statue à Rhascuporis j fils du roi Cotys? Un de ses an-
cétres avait déjà obtenu le même honneur. C'était, au contraire, un Cotys, fils d'un Rhascuporis. On ignore à quelle époque vivait le sculpteur Antignote, qui fit la statue. Pline ne Ta point classé ; mais le caractère de l'inscription dénote le temps de la domination romaine.
A côté d'un roi barbare , voici une jeune fille , une enfant dont l'image était admise dans l'Acropole. On appelait Errhépliores les jeunes vierges chargées de broder le péplus de Minerve pour chaque Panathénée. Il ne fallait pas qu'elles eussent moins de sept ans ni plus de onze ans. Elles vivaient pendant ce temps dans l'enceinte de l'Érechthéion , sous la surveillance de la grande prêtresse. On s'étonne comment un tel travail et un tel âge pouvaient mériter des statues. Car ce n'est pas un fait isolé , mais on en connaît plusieurs exemples.
Nous ignorons complètement l'organisation administrative de l'Acropole , quelle direction présidait à sa décoration , quelle loi décidait de l'admission des titres d'honneur et des statues. En dehors des décrets du sénat et du peuple , qui concernaient les personnages importants , était-ce l'argent qui achetait un terrain dans la citadelle > Était-ce la complaisance des prêtres et des questeurs qui permettaient à un particulier de consacrer une statue ? Les offrandes ellesp-mémes n'étaient-elles soumises à aucun contrôle? La piété était-elle libre de profaner par des œuvres grossières le sanctuaire des arts autant que
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de la religion ? Combien de questions intéressantes qui ne peuvent être résolues!
L'espace compris entre les Propylées et le Parthénon avait perdu de ses chefs-d œuvre aussi bien que les difTérentes enceintes. C'est ainsi que nous voyons un certain Alexandre remplacer sur son piédestal Philomèle, fils de Philippide. Plus loin, c'est Émilius Lépidus qui se substitue à Apollodore. Il y a même telle base où trois inscriptions se sont succédé à trois époques difTérentes. Sous l'archontat d'Euctémon, c'est-à-^ire la première année de la quatre-vingt-treizième olympiade, les prytanes de la tribu Éreclithéide avaient consacré une offrande d'une grande valeur, à n'en pas douter, puisque tous leurs noms y sont soigneusement gravés à la suite les uns des autres. La statue fut emportée , et un Romain , Lucius Canuléius Crispinus , prit possession de la base restée vide. On eut toutefois la précaution de la retourner de manière que l'ancienne inscription fût renversée et frappât moins les regards. Je ne sais quel accident fit disparaître à son tour le Romain, qui alla peut-être orner Constantinople , comme son prédécesseur était allé embellir Rome. Peut-être aMssi la statue fut-elle tout simplement conservée, et le nom d\m troisième personnage, Pjthon^ fils de Python, vint figurer sur la base dans un temps de décadence où l'on savait ;i peine former encore les lettres grecques pour les inscriptions.
190 UACROPOLE D^ATHÈNES.
Lycus a eu un songe. S'est-il vu transporté dans des pays lointains, saisi par des brigands, aborde par des pirates , et Jupiter la-t-il sauvé d'un danger tout imaginaire? Ou bien est-il, en eflet, étranger? Jupiter lui est-il apparu pendant son sommeil? Lui a-t-il dénoncé un hôte perfide et une de ces mille embûches qui menaçaient les voyageurs? Lycus n'a pas raconté son rêve , il n'a fait que l'annoncer sur le piédestal de Jupiter Protecteur des étranf^ers.
L'empereur Adrien avait sauvé , à ce qu'il parait, Sallustianus Démostrate d'un péril beaucoup plus réel. La reconnaissance de son protégé lui éleva une statue, en le saluant de ce titre à! Olympien, que lui valut l'achèvement du temple de Jupiter. Ce que l'on faisait pour un bienfaiteur, on le faisait pour un ami. Il est vrai que c'était le grand prêtre de Neptune- Érechthée , tout-puissant dans l'Acropole , qui faisait cette gracieuseté à son ami Spartiaticus, prand prêtre de Neptune- Achéen.
11 est à remarquer que sous la domination romaine ce ne sont plus les images des dieux que consacre, dans la citadelle , la piété des particuliers. Ce sont les images des hommes que multiplient la flatterie, la complaisance, la vanité, favorisées par le relâchement des lois et des traditions. D'un autre coté, comme les œuvres de cette époque laissent à l'art beaucoup moins de regrets, on ne s'arrête guère devant tous ces noms de consuls , de proconsuls , de magistrats romains, auxquels la bassesse des Athé-