‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 10 sur 124 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Restauration des lions. — Lions passants, lions allongés, lions assis. — Découverte des monstres ailés. — Restauration des archiTS. — Inscriptions cunéiformes. — Place occupée par les archers dans l'édifice. — Figure divine. — Rampe dVscalier. — Restauration des rampants et des parapets horizontaux. — .Motifs divers. — Théorie de la polvchroniie persf. — Fahrication des briques. — Origine des formes ornementales.

La première découverte et la plus utile fut celle de la frise des lions (fig. 152 et pi. III). Sur une longueur de 4 mètres — bonheur très rare — elle était entière. Animaux, litres décoratives, bordures et nierions, quuitpie brisés par la chute, se succédaient dans un ordie parlait. M'"^ Dieulafoy, chargée de la surveillance du chantier, a raconté la naissance laborieuse du fauve ^ Je n'en recommencerai pas le récit. Je rappellerai seulement que le bas-relief et les frises qui le comprennent, coulés en faïence grossière et friable, étaient divisés en moellons hauts d'un demi-pied, longs d'un pi<'d, larges de trois quarts de pied (joints et lits compris) \ qu'ils gisaient, face contre terre, sur le dallage prolongé de la salle du trôn(>

1. Jane Dieulafo\', la Perse, la Chaldée et In Susiane, p. loO.

2. Id., A Suse, Journal des fouilles, p. 132 et suiv., p. Ib8

.'J. I.e pied atteint à cette époque 3o8 millimètres, voy. p. 284, note 3.

FHISE DES LIONS.

d'Artaxerxès Mnémon et qu'ils étaient situés au-dessous d'un massif compact de brique de terre crue. Ces briques provenaient de la maçonnerie éboulée d'une épaisse muraille et s'étendaient au-dessus des lions .-n une couche onduleuse dont la profondeur dépassait en tous lieux :r",20.

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;. Val. — LIONS PASSANTS (FOUILLES 11 F, SL'SE).

Les lions étaient compris entre deux litres composées chacune d'une frise lotiforme encadrée dans des imbrications triangulaires et un double filet. Audessus de la litre supérieure s'appuyait un lari;e ruban orné de marguerites, couronné lui-même par un crénelage émaillé.

Si les fauves sortaient tous du même moule, ils se différenciaient par la colo-

ration de la fourrure et des muscles saillants. Le peintre, voulant rompre la monotonie de la procession, fit alterner des crinières jaunes et vertes, des muscles bleus et verts. Les fonds sont d'un bleu turquoise très doux; les ornements, vert clair, vieux jaune, paille ou blanc. Le blanc domine dans le corps du lion.

Les matériaux émaillés, cachés d'abord sous la tente qui nous servait de demeure, furent remontés en grande hâte. Je commis à ce moment quelques erreurs de détail, rectiliées sans peine quand, de retour à Paris, je pus souder les morceaux de chaque moellon et les disposer sur une aire plane. Je préciserai enfin que les étages supérieurs des nierions émiettés dans la chute avaient disparu. Je ne les ai pas restitués au Louvre, bien que leur existence ne puisse être mise en doute. Un seul point de la restauration n'a pu être éclairci par les fouilles : l'emplacement de l'inscription cunéiforme dont les fragments furent découverts à la suite des lions. Était-elle isolée? se trouvait-elle comprise entre deux bêtes affrontées? On verra par la suite (p. 284) que les textes trilingues occupent une situation analogue dans la frise des archers.

La disposition des matériaux, jetés en deux masses symétriques par rapport à l'axe de l'apadàna et sur une ligne parallèle à sa façade, montra tout d'abord que les animaux décoraient un pylône analogue au portique Viçadahyou de Persépolis. Le déblayement de l'aile orientale du portique, poursuivi pendant deux campagnes, fournit plus tard des renseignements nouveaux sur la disposition et les dimensions de l'entrée (pi. II). Renseignements précieux, mais insuffisants, car les murs, fondés, comme tout le palais, sur un radier général (fig. 214, 21o, 216) composé d'une sole de cailloux épaisse de six pieds, avaient laissé sur le sol des traces confuses. Dans de pareilles conditions il fut impossible de relever l'emprise des murs. La longueur des ailes peut varier de 20 à 2o mètres, leur épaisseur de 6 à 10 mètres. La distance du pylône à la façade sud de l'apadàna serait comprise entre 50 et 60 mètres. Les fouilles indiquèrent avec beaucoup plus de précision l'alignement de la tète occidentale du pylône est: le revêtement émaillé se terminait brusquement devant le mur prolongé de la salle du trône. En ce cas la largeur de l'ouverture centrale ne s'éloignerait guère de 168 pieds (60°).

Les merlons émaillés qui surmontent la frise témoignent que le bas-relief couronnait les pylônes. Cette excellente pratique de reporter sur les parties hautes les décorations brillantes et colorées afin de surexciter leur éclat et d'accuser les formes de l'édifice est caractéristique de la bonne architecture iranienne. Les constructeurs seljoucides et sofis ont hérité cette tradition et sont restés fidèles aux leçons de leurs aïeux'.

1. Jane Dieulafoy, la Pme, la Chai., etc., p. 91, 110 à 153, lo7, 186, 198, 273, 31o, 316, 441 et suiv., 447, etc. Cette règle ne souffre pas d'abord d'exception. Vers la fin du xV' siècle les briques sans émail, jugées indignes

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