ANIMAUX AILES
Grèce qui s'exerçait même sur les formes consacrées par une longue tradition.
.l'ai profité du remontage du taureau et du grifTon pour donner à l'aide des
échantillons émaillés la restitution polychrome de l'un des deux monstres (pi. XI).
Elle ne présentait aucune difficulté, je n'en saurais dire autant de la place et du
FIG. 194. — BRIQl'E NOÏÉE l) A K S L* MAÇONNERIE. — TEXTE SUSIEN AU NOM DE SILHAC, IILS DE SOLTROIK
NAKHOUNTA. (POtlLLES DE BEN D EB-BO T C H ï B .)
rôle réservés dans la décoration à ces œuvres étranges. Il est bien parlé dans
les textes cunéiformes des bètes ailées qui gardaient les portes des palais éla-
mites; on sait, d'autre part, que les taureaux ailés défendaient les baies des palais
ninivites et perses; VAvesfa s'étend sur les bons et les mauvais génies, yazatas
ou dévas à forme d'oiseaux, mais il n'est pas un seul de ces renseignements qui
permette d'asseoir une conjecture sérieuse. Les monstres décoraient sans doute
des portes. Où étaient situées ces baies? Quelle place occupaient les frises? La description des monuments fragmentaires susiens serait peut-être fastidieuse. J'arrêterai donc à ces bas-reliefs l'énumération des objets recueillis au cours de la mission, et exposés d'ailleurs dans les salles du Louvre'. Qu'il me soit permis de citer encore des briques d'un pied de côté et d'un huitième de pied d'épaisseur coulées en fritte, très résistantes et couvertes d'un émail vert superbe. Ces briques, employées, à mon avis, concurremment avec les briques cuites sans émail, de-
ffiakiM ;
FIG. 190. — TAUUEAU AILÉ. I\CARNATION DE V EU ET H R A G H N A , GÉME DE LA VICTOinE (P. 345). (fODILLES DE SUSE.)
valent constituer de larges filets qui traversaient et animaient la masse un peu sombre du fond. Ainsi en usèrent au moyen âge les héritiers des architectes élamites et peut-être aussi leurs prédécesseurs. Je palperai enfin de diverses briques provenant, les unes, de demi-colonnes (fig. 199 et 200)-; les autres, d'un ornement de joint dont le rôle était analogue à celui des briques vertes (fig. 201)\
1. Un inventaire donnant pour chaque objet une description sommaire, sa provenance et la prol'ondoiir relative et absolue de la fouille, terminera la IV= partie de cet ouvrage, chapitre XV.
2. La demi-colonne (fig. 200) n'est qu'une reproduction anépigraphe de celle dont un segment a été donné plus haut (fig. 191).
3. Dans quelques monuments persans des xi% xu' et sur' siècles, les lits très larges laissés entre les assises de brique sont encore garnis de lames d'émail bleu turquoise. Dans d'autres ce senties joints qui sont décorés d'entrelacs tracés en creux ou en relief dans le mortier. Mais il y a mieux. Pendant mon séjour à Bagdad, on découvrit au fond du Tigre un bloc de maçonnerie très ancienne, si l'on s'en rapporte aux dimensions et à la
DALLAGES ET TAPIS
Je ne discuterai pas à nouveau le style et l'origine de la décoration perse. Je n'aurai qu'à reprendre la thèse que je développai au retour de Persépolis (voir ci-dessus et ci-dessous, p. 268, note 1 ; p. 296 et 297; 301 et 302, notes 2 et 3). Les fouilles de Suse, loin de me faire changer d'avis, me confirment dans ma manière de voir.
FIG. I9C. — TAUr.EAU AILÉ ASSYRIEN (mDSÉE DU LOUVRE).
Les décorateurs perses procèdent des Égyptiens d'abord, ensuite des Chaldéens et sont redevables de l'élégance toute particulière qui caractérise leurs œuvres à un contact très ancien avec l'Hellade. En est-il de même des faïenciers et des enlumineurs? Sans doute, si l'on s'en réfère à la merveilleuse harmonie des œuvres polychromes. Mais la preuve matérielle est impossible à fournir. D'abord pai'ce que l'influence grecque ne s'exerça en ce cas particulier que sur la culture artistique, et aussi parce que nous connaissons imparfaitement les peintures grecques et les faïences chaldéennes. Quant au rôle de l'Egypte, il fut d'autant plus efifacé
nature des briques, dont les lits étaient fermés par des prismes de verre couleur vert bouteille (lig. 202). Je possède encore un de ces prismes.
L'ACHOPOLE DE SUSE.
(|ue la faïence servait sur les bords du Nil à tous autres usages que dans la Chaldée et la Perse. Je me suis expliqué à cet égard (p. 268 et suiv.V
Le céramiste perse, comme le chaldéen, excluait le rouge de sa palette. Il le connaissait, ainsi que le prouve le léger liséré qui cerne les lèvres des archers, mais
le jugeait dun emploi fâcheux à côté des bleus turquoise et des verts, répandus à profusion sur les bas-reliefs. On ne trouve en vérité dans les archers que du blanc, du bleu, du vert, du jaune, un pourpre foncé, du gros bleu et du gros vert, ces deux derniers tons affectés aux barbes et aux cheveux (pi. y et VI).
Le ciel topaze avec des taches azurées, vertes, fauves, est d'une puissance extrême et doit en partie cette tonalité vigoureuse aux vibrations des bleus. Les verts passent de la laque verte la plus pure au céladon. Le jaune foncé est de ceux que les céramistes appellent vieux genre; le jaune clair se rapproche du jaune de Naples, les blancs sont laiteux. Les personnages ont la peau très brune, presque noire. C'est le point initial de la gamme colorée du bas-relief. Des tètes noires appellent de riches costumes : robes jaunes rehaussées d'étoiles vertes, bleues et blanches, robes blanches couvertes d'un blason se détachant sur un écu noir. Les blasons éteignent la crudité des blancs, dont le contact avec le brun (le la peau eût été trop dur; les étoiles glacent les jaunes et les harmonisent avec les bleus des fonds. Aux robes jaunes répondent des chemises pourpres ; aux robes blanches, des chemises jaunes aux plis nombreux, aux riches galons. Les carquois, recouverts d'une peau de tigre pourpre, lutteraient avec les draperies et les chairs, si le peintre n'avait eu le soin de les recouvrir de mouchetures foncées, vertes ou bleues. Comme les valeurs sombres l'emportent, dans le personnage jaune, sur les colorations
KIG. 197. — D4RICS TIANT IN GRIFFON (UU PETIT PALAIS DE D A Bits A PKRSÉPOLIS).
DALLAGES ET TAPIS
claires, on a tointé en vert le couvercle du carquois et rétabli ainsi l'équilibre.
Les litres décoratives (pi. IV) sont également à fond bleu. Le pourpre et les masses jaunes destinées à rehausser le bas-relief font ici complètement défaut. Le blanc, le bleu, le vert régnent à peu près sans partage et communiquent aux cadres une tranquille harmonie qui fait d'autant valoir la puissance du tableau.
Bien que les échantillons des archers de race blanche soient rares, ils suffisent et au delà pour reconstituer le bas-relief (p. 287, 291 ; fpl. VII). La teinte de la figure est encore la teinte régulatrice de la polychromie. Au lieu de ces robes jaunes et blanches surchargées d'ornements, les soldats aryens, qu'ils soient modelés en
FIG. 19S. — GniFFON. — BAS-RELIEP DE STYLE PERSE (CABINET DES MÉDAILLES).
bas-reliefs ou reproduits à plat, portent des uniformes de couleur unie, bordés d'un galon clair. La chemise est pourpre, le carquois blanc recouvert de mouchetures vertes et bleues. On sait combien il est difficile d'harmoniser des jaunes et des bleus francs. Quand il s'agit des guerriers nègres, dont la peau brune demandait, pour fond, des tons vigoureux et profonds, l'enlumineur rechercha l'harmonie en glaçant le jaune des robes avec un semis d'étoiles. Dans le cas des archers aryens, il arrive au même résultat en éteignant les ciels. Le bleu se grise, se rompt, s'enfonce dans une gamme plus sourde, et conserve aux chairs blanches et aux robes uniestoute leur valeur. Le même ton bleu rompu est employé dans la décoration des litres qui comprennent haut et bas les immortels de race blanche (pi. IV). Cette gradation des nuances est si voulue que les lions dont le corps est blanc et les crinières jaunes ou vertes, ainsi que les robes unies des archers aryens, s'enlèvent sur un ciel bleu très adouci (pi. III).