PALAIS DE XERXES
encastré clans le gravier, se dressaient sans autre précaution (fig. 215). Un dallage interrompu par les murs recouvrait le radier et constituait le sol du palais (fig. 216). Que les murs des palais s'écroulent et que les murs soient construits on terre, et les matériaux renversés se confondront si bien avec ceux qui sont debout qu'// ne restera d'autres témoins de remplacement des murs que les interruptions des dallages. Heureux encore si la dislocation des dallages n'a pas précédé la ruine de l'édifice.
Les archéologues imbus de nos idées occidentales n'ont pas relevé ce singulier détail de construction ; ils se sont bornés à chercher des vestiges de superstructures maçonnées ou, à leur défaut, des fondations plus ou moins profondes, et de leur absence ont conclu trop vite à la suppression des murs. C'est ainsi qu'ils ont été conduits à penser que la grande salle du trône construite par Xcrxès à Persépolis se composait d'une sorte de dais et de trois galeries ouvertes, exposées à la pluie, au vent, au soleil, dévolues à la ruine, inexplicables et au demeurant fort peu artistiques (fig. 218). Ce parti se défend d'autant moins à Persépolis que les socles P, O, R, S de doux portes M et N du palais de Xerxès existent encore (fig. 217). Los montants occupent la place de la muraille éboulée et portent sur leurs faces externes de profonds évidements préparés en vue de l'encastrement dos murs. Ces évidements se retrouvent dans les édifices perses de Mechhed-Mourgab (fig. 21 *.))' et de Persépolis ot, à juste raison, ont été regardés jusqu'ici par les architectes et les archéologues comme un indice indiscutable de l'existence dos niurs". J'ajouterai que j'ai relevé moi-même dos traces T, T de superstructure et des interruptions de dallage à l'exact emplacement des murs. J'attachai si peu d'importance à un fait qui me semblait et qui me paraît encore hors de discussion que je me contentai de signaler sur mes croquis ces derniers vestiges des murailles ^
A Suse, j'ai de nouveau cherché les interruptions du dallage et, malgré le mauvais état du sol, j'ai constaté en deux points situés sur les façades nord et ouest les traces manifestes d'une enceinte épaisse de 16 pieds (5°", 60). Je pense même, si j'en juge à la consistance des terres, que la base des murs était en place. Mais une confirmation plus exacte ou du moins plus convaincante de ce procédé de construction m'a été fournie au cours de la seconde campagne. On déblayait à 6 kilomètres du tumulus un petit monument enseveli avant que le dallage ne fût fatigué par l'usage ou ruiné par un long abandon (§ XIV, dijadana). A la fin des travaux l'édicule apparut nettement dessiné sur le sol avec ses cours, ses portiques, ses escaliers. Seuls les murs faisaient défaut, mais ils étaient indiqués par les lacunes du carrelage.
1. Dieul., Art ant. de la Perse, vol. I; pi. XII, XIII et XIV.