‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 53 sur 124 · PORTIQUES · texte numérisé non relu

PORTIQUES

Ce n'était pas à une fantaisie de décorateur qu'obéissaient les Perses en affamant le milieu du bloc de marbre où ils taillaient les taureaux, mais à la nécessité statique d'assurer la verticalité absolue des quillages après et surtout pendant la construction. L'entaille ménagée entre les deux têtes recevait un lien qui immobilisait les

colonnes d'une même fde longitudinale au moment si critique où les colonnes, sans être encore réunies par les poutres et les solives de la terrasse, étaient privées de leurs tuteurs (fig. 209 et 210) et des entretoises qui allaient tous entrer dans le plafond (p. 333 et 334). On pouvait ainsi, malgré la hauteur et la fragile élégance des supports, les surcharger impunément et leur faire porter l'échafaudage sur lequel on préparait et on levait la toiture. Ce sont les liens cependant, ces sûrs garants de la solidité de l'apadàna que l'on est forcé de supprimer dans l'hypothèse où les portiques ne sont pas réunis à la salle centrale. Isoler les portiques conduit en effet à i^etourner d'équerre les taureaux d'angle, ainsi que ie

FlG. 219. — PILIER D ANGLE bL PALAIS DE M ECU U E D-M O L P. G A B. O ' 1 J

viens de le faire observer (p. 338) ; retourner les taureaux équivaut à supprimer les liens de charpente, car les poutres encastrées entre les bêtes ainsi retournées eussent buté sur le front et le mufle des taureaux placés dans leur situation normale (fig. 218)'. Supposons que les architectes perses aient commis la double faute d'isoler les portiques et de ne pas relier les colonnes dans les files transversales, admettons même qu'ils aient voulu les terminer par un chapiteau crucial, ils se seraient au moins gardé d'évider le monolithe bicéphale pour avoir l'occasion de substituer une pièce de bois périssable à

1. M. Perrot croit trouver un argument décisif en faveur de l'iiypolhèse des galeries isolées dans les propylées des taureaux qui précèdent le palais de Xerxès. L'exemple est mal choisi, car l'architecte, justement préoccupé de la stabilité du portique, a encastré l'entablement EE dans d'énormes culées de maçonneries AA (fig. 220). Pas plus que les autres monuments perses, les propylées n'offrent donc l'exemple de ces galeries liypostyles sans appuis, de ces entablements poussant au vide, de ces taureaux retournés d'équerre, en un mot de ces fantaisies de décorateur qui déparent si inutilement la restauration de M. Chipiez.

M. Perrot invoque aussi l'exemple du Pavillon des Miroirs construit à Ispahan au xvn» siècle (fig. 228). Mais dans ce cas encore, la colonnade est reliée à une construction massive; et pourtant elle est établie sur plan carré et jouit par cela seul d'une stabilité qui fait absolument défaut à une galerie hypostyle mince, haute et longue.

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