‹ L'Acropole de Suse (volume 2)Chapitre 64 sur 124 · RYTHME DES PROPORTIONS · texte numérisé non relu

RYTHME DES PROPORTIONS

l'iniporlance des combinaisons rythmées dans les constructions perses et chaldéennes. On devait s'attendre à découvrir sous le palais le même réseau de lignes géométriques. 11 se décèle en effet avec une netteté qui emporte l'évidence.

Les Chaldéens attribuaient une importance majeure aux rapports où entraient les chiffres 2, 5, 6 et 7. J'ai déduit ailleurs les raisons mathématiques de cette préférence (p. 262)'. Les Perses firent à Suse un fréquent usage des mêmes combinaisons métriques : 6 est le nombre des colonnes d'une même travée, 7 celui des entre-colonnements. On retrouve le chiffre 7 dans la longueur, mesurée en pieds, des lions passants; les facteurs 6 et 5, dans l'élévation, mesurée en pieds, des colonnes intérieures; le nombre 5, dans le rapport de la hauteur des mêmes colonnes h la demi-largeur des travées (fig. 208 et 221). La base des colonnes a 5 pieds ou 3 coudées de hauteur, leur fût 5 x 6 = 30 pieds ou 3 x 6 = 18 coudées, comme d'ailleurs la somme des hauteurs du chapiteau et de la base; la base équivaut à 1 douzième de la hauteur totale de la colonne; le fût, à 6 douzièmes ; la base et le fût, à 7 douzièmes; l'ensemble du chapiteau, à 5 douzièmes. Le prolongement des côtés du trapèze capable du chapeau bicéphale rencontre l'axe des colonnes à 10 coudées au-dessus du sol s'il s'agit de l'ordre intérieur, à 7 coudées s'il s'agit de l'ordre extérieur. L'ordre intérieur dépasse l'ordre extérieur de 3 coudées ou 5 pieds (p. 329 et 330; fig. 207 et 208).

Les baies eussent révélé le même esprit rythmique s'il eût été possible de les restaurer. Le fragment découvert est malheureusement trop peu important (fig. 233). Je l'ai néanmoins utilisé en m'aidant des portes du palais aux cent colonnes et en m'assujettissant à faire régner les grandes lignes des baies cotées en coudées avec les assises d'une maçonnerie cotée en pieds.

La restauration en plan et en élévation donne lieu à de nouvelles observations métrologiques. L'ouverture de la grande salle, mesurée entre les pilastres, atteint 180 pieds (108 coudées) (fig. 221); la largeur des ailes, 60 pieds (36 coudées); la longueur totale AB, 300 pieds (180 coudées); la hauteur (fig. 207 et 208, 211,

époque possible l'époque des dynasties sassanides ou même parllies, c'est-à-dire, à quelques années prés, la même date que moi, puisque les Parthes délivrèrent la Perse du joug des Séleucides vers l'an 250 av. J.-C. A quels indices mes contradicteurs se réfèrent-ils pour rajeunir d'un siècle ces édifices? Jusqu'au jour où ils les auront fait connaître, je persisterai à croire que le monument de Sarvistan, le plus récent de ce groupe, est plus ancien que les coupoles de Djérach et de Jérusalem (n" ou iii= de notre ère; Clioisy, l'Art de bdtw chez te Byzantins, p. 88 et 89), et que les Parthes, venus du Nord, ont été trop occupés sur les frontières occidentales de leur empire, pour faire bâtir des palais dans le Sud-Est. Je maintiens donc mes conclusions dans toute leur intégrité. J'ajouterai que le rajeunissement des édifices voûtés du Fars n'infirme nullement la thèse générale que je soutiens : à savoir que les coupoles de Firouz-Abàd, de Sarvistan et de Férachbad sont des prototypes de la coupole byzantine sur pendentif.

1. On trouvera dans le chapitre .\IV (p. 414, note 2) une bien curieuse application de ce chifl're 7. Jusqu'ici on connaissait le pied et la coudée qui sont entre eu.\ comme 3 est à 5; les carreaux d'un édifice religieux découvert près de Suse répondent à une unité nouvelle de O"",»! telle que 7 de ces unités équivalent à 10 pieds ou 3",S8. L'équivalence ne résulte pas d'un simple calcul, mais de la superposition de 5 — 10 — 20 — 30 — '60 briques à 3,3— 7 — 14— 21 —23 carreaux.

222 et 213), le quart de la largeur, soit 75 pieds (45 coudées). La crête de la corniche (le la salle règne à 70 pieds (42 coudées) au-dessus du dallage, c'est-à-dire que la hauteur totale de la salle et de son entablement correspond à la base d'un triangle équilatéral construit sur la colonne comme hauteur. Si de la salle on passe au portique, on constate que sa largeur hors œuvre est de 200 pieds (120 coudées), et que sa hauteur, entablement compris, est de 63 pieds et demi (127 assises). Cette dimension correspond aussi à la base d'un triangle équilatéral ayant la colonne extérieure comme hauteur. La mesure exprimée, en pieds, de la hauteur de la même colonne, soit 55, est encore le chiffre entier le plus voisin de l'expression

Frn. 33:!. — ltuteau de poute. (fodili.es be suse.)

de la base d'un triangle équilatéral dont 48 pieds, c'est-à-dire un double entre-* colonnement ou la profondeur du portique, seraient la hauteur.

De pareils faits sont d'autant plus remarquables que les chiffres — 48 et 55 ; 55 et 63.5; 60 et 70, — soumis à de multiples sujétions métriques et constructives, n'auront été découverts qu'après de longs tâtonnements.

Ce simple énoncé montre une fois de plus combien étaient simples les épures des architectes perses. Rythmèrent-ils leurs monuments de propos délibéré, introduisaient-ils la cadence en satisfaisant à des sujétions multiples, telles que l'expression simultanée des dimensions en pieds et coudées, ou en résumant dans quelques formules très simples les secrets du constructeur? Je ne sais. C-e qu'il y a de certain, c'est que les épures du palais hypostyle de Suse (fig. 23 i), de l'àyadana (p. 414, note 2), du tracé et du profil des enceintes fortifiées, des palais voûtés de Firouzabàd et de Sarvistan ', témoignent d'une méthode unique et de règles

l.Dieulafoy, .Ac( uni. de la l'irse, vol. Il, p. 3a, .36, fig. 21 à 24 et vol. IV, p. 20, fiy. 9 et 18, p. 27 à 29, fi-. 22 et 23.

ÉPURE DE L'APADANA.

as-

théoriques ou empiriques dont les manifestations sont évidentes : dans les palais voûtés, le triangle égijptien ou triangle rectangle, dont les côtés sont entre eux comme 3, 4 et 5, s'accuse nettement; dans les édifices susiens, d'une structure plus complexe, on reconnaît, outre les groupes 0, 8, 10 caractéristiques du triangle égyptien, le groupe 6, 7 qui signale le triangle équilatéral (p. 262 et 414, note 2)'. J'imagine que les dimensions de l'apadàna se déduisaient d'une ligure initiale au moyen de constructions très simples. La figure se réduirait en ce cas au triangle rectangle ABC dont les côtés sont entre eux comme 3, 4, 5, triangle construit sur le double entre-colonnement AB comme base (fîg. 234).

Il est certain que l'on trouve sur le triangle ABC et sur les triangles sem-

('VeflorS „ ^ Frise emaii/ee ■ tnliblement des portiques ,..* 63 so Colonnes Cfiérieures...^ « ss

Fr'se ewaii'ee Cniaàiement ae'; aili»

Colonnes inlerieurûs

épdue de l'apabana.

blables ADE (AD = AG), AIIK (HK = AE) les entre-colonnements, la longueur A'L = 4AE, la largeur de la salle, la longueur de la façade, la longueur 2AH des portiques, la hauteur A'F" = AF de leurs colonnes, la hauteur totale AE" = AE de l'édifice. Veut-on la hauteur de la salle et de son entablement, il suffit, sur AD comme hauteur, de construire le triangle équilatéral ADG; AG = AG" représente la cote verticale de la crête de la corniche au-dessus du dallage tandis que AG — AD = C"G" mesure la hauteur de l'entablement. On trouvera de môme la hauteur des colonnes extérieures, dans le côté du triangle équilatéral ABF ou A'B'F'. Le côté A'M d'un nouveau triangle équilatéral A' FM, dont A'F' est la hauteur, fournirait la hauteur totale du portique, tandis que le côté A'S du triangle équilatéral A'SM, dont A'M est la hauteur, répondrait à la hauteur au-dessus du

1. Je comprends dans ce groupe les chiffres 5b et 48; 03,5 et 55; 70 et G3,o qui participent aux mêmes propriétés.

dallage de la crête de la frise éniaillée. Les divisions des colonnes, les subdivisions des ornements se déduisent sans plus de difficulté des mômes triangles théoriques. Si BG représente la hauteur de la base, AB équivaudra à la hauteur du taureau ; 2BC + AC, à celle du chapiteau de l'ordre intérieur ; 2(AB + AC), à celle du fût; 3(AB + BC + AC) = 4(AB-f AC), à celle de la colonne entière. Si de cette dimension on retire BC, on obtiendra la hauteur de l'ordre intérieur; si on enlève AB + BC, la hauteur cumulée du fût et de la base ; si on supprime enfin 2BC + AB ou 2AC, il restera le fût. Si dans le même triangle on faitAB=l% 2AC donnera la mesure du rayon moyen de la colonne; AB + AC, celle du rayon minimum; 2AB + BC = 2BC + AC, celle du rayon maximum ou la hauteur de la base diminuée de la scolie; 2BA, la hauteur et le rayon maximum de la campanule ; etc. '.

Les fouilles ont permis de restaurer la majeure partie des enceintes et la salle du trône. L'escalier de l'apadàna, les pylônes qui lui font suite sont reconnus dans leurs grandes lignes; la situation du donjon, de la citadelle, des portes principales et du pont a été relevée et signalée (pi. II). J'ai la quasi-certitude qu'il existait un large fossé autour de la salle du trône (p. 244) et la preuve qu'une porto fortifiée, dont on a mis à nu les fondations, s'ouvrait à l'est de l'apadàna entre cet édifice et ses pylônes (p. 280 et note 3). De la pente très douce du fossé et de son développement, j'ai conclu à l'existence d'une voie d'accès pour les chars; de la situation de la porte fortifiée, à celle d'un ouvrage qui mettait en communication, à travers le dédale des enceintes, la salle du trône avec les palais du roi et des reines.

Les tranchées creusées dans le tumulus oriental ont appris, en outre, que toute la partie nord dudit tumulus était couverte d'habitations, que les constructions sud enveloppaient une cour centrale très apparente sur les plans, qu'une vaste salle occupait la face méridionale de la cour centrale, et qu'un second escalier semblable à l'escalier de l'apadàna s'élevait do la place d'armes jusqu'aux palais de l'Est. On se rappelle enfin que deux murailles comprenant entre elles une rue étroite divisaient les quartiers nord et sud du tumulus oriental. Cette rue débouchait sur la grande porte de l'est (p. 232 et suiv., fîg. 126, 127 et 128).

Ces renseignements sommaires sont complétés dans leur partie descriptive et topographique par un texte précieux. Je veux parler du livre cVEst/ier, écrit, selon un grand nombre d'hébraïsants, à l'époque des Maccabées et que je considère à bon droit comme l'œuvre d'un Juif élamite, d'un Juif ayant vu et parcouru le palais d'Artaxerxès Mnémon.

\. M. Babin (voy. p. 330, note 2) rattache les dimensions des monuments persépolitains au module choisi tantôt au milieu, tantôt à la base, tantôt au sommet de la colonne. Les faits très nets et fort instructifs révélés par Tétude des palais ou des tombeaux de Persépolis, de Nakhcliè-Roustem et de Mechhed-Mourgab confirment de tous points l'étude métrologique de l'apadàna et de la forteresse de Suse. licste toujours à se demander si les Perses introduisaient le module de parti pris ou si les rapports constatés entre les dimensions d'un édifice liypostyle et le rayon de la colonne ne sont pas un résultat accessoire d'une méthode plus générale (voy. p. 3.'i6).

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